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Risques pour 2022 : élections, eau, coupures de l’Internet, maintien de la paix

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PERSONNEL D’ADF

À l’arrivée de la nouvelle année, les experts de la sécurité surveillent étroitement certains points sensibles de conflit et suivent les tendances à long terme qui menacent d’exploser. Les problèmes qui se répètent incluent les demandes pour des élections libres et équitables, les débats sur la façon de réglementer l’expression en ligne, l’assurance de l’accès équitable à l’eau et la façon de mettre fin aux missions de maintien de la paix. Aucun de ces problèmes ne disparaîtra ni ne sera résolu au cours de l’an prochain, mais la préparation et les actions précoces peuvent aider à éviter les crises.

Les transitions démocratiques

Les élections sont des périodes de tension élevée et les passions politiques peuvent se transformer en manifestations de rue ou même en violence. En 2022, plusieurs élections majeures auront lieu en Afrique.

En Angola, le président sortant João Lourenço se présentera aux deuxièmes élections nationales tenues depuis le départ du leader de longue date José Eduardo dos Santos en 2017. M. Lourenço a promis une plus grande ouverture et une lutte contre la corruption pendant sa présidence mais son administration a été affectée par une économie muselée par le Covid-19.

Au Kenya, le président Uhuru Kenyatta se présentera pour un troisième mandat aux élections prévues pour le mois d’août. L’inscription des électeurs est faible dans le pays, principalement chez les jeunes qui ont manifesté leur colère à cause du chômage et du manque de représentation, selon un rapport de DW.

La Tunisie prévoit d’organiser un référendum constitutionnel en juillet, suivi par des élections à la fin de l’année.

Ailleurs, par exemple en Guinée, au Mali et au Soudan, les choses demeurent plus incertaines. Dans ces trois pays, des coups d’état ont renversé les chefs de l’État. Les chefs militaires de ces trois pays promettent un retour à la démocratie mais la date des élections n’est pas établie et les chances d’instabilité restent élevées.

Les observateurs pensent que l’écart entre les attentes démocratiques et la réalité est un défi potentiel de sécurité pour beaucoup de pays africains.

John McDermott de l’Economist écrit : « Bien que de fortes majorités dans la plupart des pays déclarent vouloir la démocratie, environ la moitié des Africains au Sud du Sahara sont mécontents de la démocratie qu’ils ont, comparé au quart il y a vingt ans. Les Africains sont frustrés par l’écart entre les promesses de la démocratie et sa réalité. »

L’accès du téléphone de ce Soudanais aux plateformes de réseaux sociaux est limité. Les pays africains ont des difficultés pour empêcher la rhétorique extrémiste ou violente en ligne sans avoir recours aux coupures d’Internet. REUTERS

La technologie en tant qu’arme

Des groupes continuent à découvrir des façons créatives d’utiliser la cybertechnologie pour provoquer l’instabilité. Les trolls parrainés par les états, les groupes extrémistes et les petits cybercriminels ont tous causé des perturbations en 2021 et la tendance semble prête à continuer en 2022.

Au Mali, en République centrafricaine et au Soudan, des trolls soutenus par la Russie ont provoqué des troubles et suscité la colère contre les gardiens de la paix des Nations unies et les responsables élus. Dans les pays tels que l’Éthiopie et le Nigeria, les réseaux sociaux ont été utilisés pour encourager la haine et la violence ethniques.

Les fraudes en ligne liées au Covid-19 ont aussi proliféré en 2021 et des criminels ont vendu de fausses cures aux gens désespérés.

Les agences de réglementation d’état et les géants des réseaux sociaux ont eu des difficultés pour contrôler l’expression en ligne. Dans certains cas, les états ont coupé l’accès à l’Internet et à la téléphonie mobile. Dans d’autres pays, le gouvernement a interdit certaines applis.

Les experts déclarent que les interdictions générales sont inefficaces et que les pays doivent œuvrer avec les sociétés des réseaux sociaux pour mettre en œuvre une réglementation rationnelle.

« La coupure de l’Internet en réponse à l’extrémisme fait plus de mal que de bien en perturbant l’économie et la vie quotidienne des résidents », a déclaré Karen Allen, consultante principale à l’Institut pour les études de sécurité, lors d’un récent webinaire conduit par le Centre africain pour les études stratégiques.

Des réfugiés camerounais obtiennent des aliments dans un camp provisoire au Tchad après la violence intercommunautaire sur l’accès à l’eau. Il semble probable que les disputes à propos des ressources naturelles continueront en 2022. REUTERS

Les conflits de l’eau

En décembre 2021, un affrontement entre des pêcheurs et des bergers à Kousséri (Cameroun) près de la frontière avec le Tchad a fait 22 morts et a conduit au déplacement de plus de 100.000 personnes. La violence concerne les droits relatifs à l’eau : le volume d’eau en baisse dans le lac Tchad a conduit à des conflits entre les groupes qui ont besoin de l’eau comme moyen de subsistance. L’ONU a averti que la dispute était prête à exploser si le problème d’accès n’était pas résolu.

Certains conflits parmi les plus difficiles du continent proviennent de disputes concernant l’accès aux ressources naturelles limitées. Elles s’étendent au niveau des états, en particulier la dispute entre l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan concernant l’eau fraîche à cause du Grand Barrage de la renaissance éthiopienne. Ces disputes à petite ou à grande échelle à propos des ressources d’eau limitées sont certaines de continuer en 2022.

« L’approvisionnement en eau fraîche est de plus en plus menacé, et près des deux tiers de la population mondiale vit dans des conditions fragilisées par l’eau », écrit Brahma Chellaney, auteur du livre « Water, Peace and War » (Eau, paix et guerre).

Que peut-on faire pour éviter que les disputes ne se transforment en guerres totales ? Un outil proposé par le groupe Water, Peace and Security (Eau, paix et sécurité) est un système de surveillance précoce qui suit les informations sur les précipitations, le rendement des récoltes et les facteurs politiques, économiques et sociaux. Ses créateurs déclarent qu’il peut prédire les conflits liés à l’eau jusqu’à une année à l’avance, ce qui permet d’entreprendre une médiation ou une intervention gouvernementale.

Susanne Schmeier, maître de conférences principal en droit juridique et diplomatie de l’eau à IHE Delft, déclare dans un article publié par The Guardian : « Une fois que les conflits s’intensifient, ils deviennent difficiles à résoudre et peuvent avoir un impact négatif sur la sécurité de l’eau, ce qui crée des cercles vicieux de conflit. C’est pourquoi une action en temps opportun est cruciale. »

Des gardiens de la paix de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) examinent leur transport de troupe blindé après une attaque à Mogadiscio. L’expiration du mandat de l’AMISOM est prévue pour la fin 2021, ce qui rend incertain l’avenir de cette mission de maintien de la paix. REUTERS

Les fluctuations du maintien de la paix

Les missions de maintien de la paix sur le continent font face à des dates limites imposées ou des changements majeurs en 2022.

L’expiration du mandat de la mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) émis par le Conseil de sécurité de l’ONU est prévue à la fin 2021. Cette mission est composée d’environ 20.000 soldats et 1.000 policiers provenant des pays africains. Son futur demeure incertain. Les options incluent le prolongement du mandat, son remplacement par une mission hybride entre l’UA et l’ONU, son remplacement par la Force est-africaine en attente, ou le simple transfert des responsabilités de sécurité aux forces somaliennes.

Les observateurs déclarent que, quoiqu’il arrive, les parties prenantes doivent éviter un choc soudain dans un pays qui reste volatil. Omar Mahmood, analyste principal pour la Somalie de l’International Crisis Group, écrit dans un article pour The East African : « La continuation de l’AMISOM d’une certaine façon reste le seul moyen immédiatement viable d’éviter la détérioration de la situation sécuritaire en Somalie. L’AMISOM ne peut pas rester dans le pays en permanence, mais sa présence continue fournirait au moins un peu plus de temps au gouvernement somalien pour effectuer des réformes au niveau national et assurer le bon fonctionnement du projet fédéral somalien. »

Il existe de même une incertitude au Mozambique, où une intervention en 2021 par la Communauté de développement d’Afrique australe et le Rwanda a aidé à stabiliser le pays. Mais il n’y a pas de calendrier pour le transfert aux forces mozambicaines. En même temps, l’ONU affronte des défis plus récents, y compris un rôle majeur pour négocier la paix en Éthiopie et le maintien d’un cessez-le-feu en Libye.

2022 promet d’être une année de grands changements pour les missions de maintien de la paix et peut-être une année où de nouvelles missions seront créées pour préserver une paix fragile.

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