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Les subsides de pêche du Fujian posent un problème pour les eaux d’Afrique de l’Ouest

PERSONNEL D’ADF

La province chinoise du Fujian a annoncé une nouvelle série de subsides pour accroître sa flotte de pêche en eaux distantes de 600 à 650 navires.

Selon un rapport de SeafoodSource, le plan a été révélé alors que la Chine est accusée de faire traîner les négociations avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui œuvre depuis des décennies pour interdire les subsides qui contribuent à la surexploitation. La pêche non contrôlée, dont une partie est illégale, menace la faune marine, les écosystèmes, la sécurité alimentaire et les moyens de subsistante des pêcheurs artisanaux en Afrique de l’Ouest.

Parmi les entreprises de pêche du Fujian qui seraient bénéficiaires de ces nouveaux subsides, on compte Poly Hong Dong, qui a des antécédents d’infractions.

La plus grande base d’outremer de Poly Hong Dong est située en Mauritanie, où un vaisseau appartenant à l’entreprise a percuté l’an dernier un navire de pêche artisanale mauritanien. Trois membres de son équipage ont trouvé la mort. La société exporte annuellement 10.000 tonnes de fruits de mer de Mauritanie, tout en produisant aussi de la farine de poisson.

Malgré ces problèmes, la Mauritanie a accepté l’an dernier un prêt chinois de 87 millions de dollars pour construire un nouveau port de pêche juste au Nord de Nouadhibou.

Les sociétés du Fujian sont aussi actives en Guinée, en Guinée-Bissau et au Sénégal, selon Yann Yvergniaux, analyste principal chez Trygg Mat Tracking. Cette organisation de recherche sans but lucratif se spécialise dans la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (IUU) et d’autres crimes maritimes.

Jusqu’à 90 % des pêcheries sénégalaises sont déjà pleinement exploitées ou font face à l’effondrement, selon les Nations unies. Ceci est le résultat de plusieurs dizaines d’années de pêche IUU et d’écosystèmes endommagés.

En Afrique de l’Ouest, les entreprises du Fujian ont souvent recours à battre le pavillon du pays où le vaisseau est enregistré, au lieu du pays du propriétaire du bateau, afin d’éviter les charges financières ou la réglementation restrictive.

« Elles établissent [aussi] des structures de société qui leur permettront d’agir en tant qu’affaires locales et d’avoir accès à des ressources qui ne sont pas mises à la disposition des navires étrangers, déclare M. Yvergniaux à ADF dans un e-mail. Mais très souvent les entreprises qui sont propriétaires bénéficiaires des navires continueront à avoir accès aux subsides d’état chinois, tels que les subsides de carburant. Dans certains cas, nous nous rapprochons beaucoup de ce qui pourrait être appelé un double enregistrement, ou une pratique visant à battre deux pavillons, afin d’avoir accès aux zones de pêche d’une part, et aux subsides de l’autre. »

Alors que les stocks de poissons en baisse ont forcé la Chine à combattre la pêche IUU dans ses eaux territoriales, le pays oppose depuis longtemps toute tentative de limiter ses subsides de pêche en haute mer. Aucune autre nation ne verse autant de subsides de pêche que la Chine, qui a payé 7,2 milliards de dollars en 2018, soit 21 % du total mondial, selon un rapport de ScienceDirect.com.

La Chine possède aussi la plus grande flotte mondiale en eaux distantes, tout en étant le pire contrevenant mondial de la pêche IUU, selon la Global Initiative Against Transnational Crime [Initiative mondiale contre la criminalité transnationale].

Les experts de la sécurité maritime avertissent de conséquences désastreuses au cas où un accord OMC sur les subsides ne serait pas bientôt conclu.

Kathryn Matthews, scientifique en chef à Oceana (organisation non gouvernementale), a déclaré à Mongabay (plateforme d’actualités scientifiques écologiques) : « L’urgence est immédiate, parce que même si nous agissons aujourd’hui, nous aurons toujours quelques années supplémentaires avant de commencer à percevoir l’impact complet de l’accord, et ces zones de pêche surexploitées nécessiteront aussi plusieurs années pour récupérer. Nous ne pouvons pas continuer à remettre les choses à plus tard. Nous finirons par arriver au bout de la piste d’atterrissage et tomber de la falaise. »

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