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L’accord portuaire entre la Sierra Leone et la Chine irrite les pêcheurs et les conservationnistes

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PERSONNEL D’ADF

Lorsque le gouvernement de la Sierra Leone signa un accord de 55 millions de dollars avec la Chine pour développer un port de pêche industriel sur 100 hectares de plage et de forêt humide protégée, les conservationnistes et les pêcheurs locaux étaient outragés.

Le projet de Black Johnson Beach est en bordure du parc national de la Western Area Peninsula, où vivent des espèces menacées telles que les antilopes duikers et les pangolins, et les eaux sont pleines de sardines, de barracudas et de mérous, selon un rapport du journal britannique The Guardian.

Les détails très flous de l’accord troublent les pêcheurs locaux qui attrapent 70 % des poissons pour le marché intérieur, et enragent les conservationnistes qui déclarent que personne n’a conduit d’évaluation d’impact environnemental ou social concernant le projet. Une partie de la zone est une lagune qui est connectée à un fleuve pendant la saison des pluies. Elle joue le rôle de site de reproduction des poissons et ses eaux se jettent dans la baie des baleines lorsqu’il pleut.

Steve Trent, président-directeur général de l’Environmental Justice Foundation (Fondation pour la justice environnementale), a déclaré : « Cet accord détruirait la forêt tropicale vierge, pillerait les stocks de poissons et polluerait les zones de reproduction des poissons et les écosystèmes marins. En outre, il limiterait les zones où les pêcheurs artisanaux peuvent gagner leur vie et déplacerait les personnes qui nécessitent la plage comme autre moyen de subsistance, y compris l’écotourisme. »

Les résidents n’ont pas été informés de ce projet avant que l’accord avec la Chine ne soit conclu. Deux groupes de juristes ont écrit au gouvernement en exigeant de consulter les études d’évaluation d’impact environnemental.

Plus de 200.000 personnes travaillent dans les pêcheries de petite taille en Sierra Leone, où les résidents manifestent depuis des années contre la présence des chalutiers industriels dans les eaux territoriales. Les pêcheurs locaux déclarent que les chalutiers sont souvent engagés dans la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (IUU) et les harcèlent en écrasant leurs pirogues et leurs filets.

Des rumeurs selon lesquelles une usine de farine de poisson ferait partie de l’accord ont été démenties par Emma Kowa Jalloh, ministre des Pêcheries de Sierra Leone.

Le président sierraléonais Julius Bio a reconnu que le projet faisait partie de l’initiative chinoise de la Nouvelle route de la soie (BRI) dont le but est de développer le commerce par la construction de routes, ports, barrages et voies ferrées en Afrique et dans d’autres régions du monde. Les accords financiers de la BRI ont la réputation d’être opaques.

« Les propriétaires fonciers seront pleinement remboursés et une vérification environnementale complète sera conduite au préalable », a déclaré le président Bio. « Le ministère des Pêcheries et des Ressources marines travaillera avec toutes les parties prenantes pour assurer la mise en œuvre efficace de ce projet. »

James Tonner, propriétaire terrien à la plage, veut que ce projet soit stoppé. M. Tonner déclare que le tarif de remboursement du gouvernement est environ trente fois moindre que la valeur marchande de la terre.

« Selon la constitution, le gouvernement peut confisquer la terre si cela est dans l’intérêt public, déclare M. Tonner au Guardian. Même s’il s’agit seulement d’un port en eau profonde, ce n’est pas dans l’intérêt public parce que le site n’est pas adéquat. La lagune contient des lieux de reproduction des poissons. Le projet anéantira les poissons locaux qui représentent un moyen de subsistance pour les gens. »

Tito Gbandewa, beau-père de M. Tonner, gère une affaire d’écotourisme sur la plage et craint que l’arrivée des chalutiers industriels ne contamine les eaux.

« Nos propres pêcheurs n’auront pas d’endroit pour pêcher, déclare M. Gbandewa au Guardian. Tout sera pollué. Cela mettra fin au tourisme. »

D’autres craignent que le port encourage encore plus de pêche IUU, qui coûte 29 millions de dollars par an à la Sierra Leone. Environ 75 % des incidents IUU dans le pays sont liés à la Chine, selon les estimations de China Dialogue Ocean.

Comme d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, la Sierra Leone a depuis des années des difficultés pour limiter la pêche IUU. En mars dernier, la Marine sierraléonaise, avec l’aide de Sea Shepherd Global, a arrêté sur une période de deux jours cinq chalutiers, y compris deux battant pavillons chinois, pour pêche illégale.

Le gouvernement de la Sierra Leone a menacé de fermer les entreprises, d’intenter des poursuites judiciaires ou de refuser d’émettre des certificats de dédouanement portuaire aux sociétés de pêche qui ne paient pas leurs impôts. Le pays a aussi investi pour acheter six bateaux patrouilleurs et autre matériel pour mieux surveiller ses eaux territoriales.

Mme Jalloh, la ministre des Pêcheries, a déclaré au Guardian que le nouveau port correspond aux plans du pays en vue de développer le secteur de la pêche.

« Nous voulons nous développer, nous voulons être classés comme un pays d’avenir, a-t-elle dit au journal. Le développement doit être réalisé et quelqu’un doit se sacrifier. Je ne dis pas que tout atteindra 100 % de perfection, mais nous nous assurerons que ce soit presque parfait. »

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