Les terroristes ont recommencé à attaquer les districts septentrionaux de la province mozambicaine du Cabo Delgado, en utilisant des engins explosifs improvisés (EEI) pour limiter les mouvements des forces militaires mozambicaines et rwandaises.
L’État islamique au Mozambique a intensifié ses attaques par EEI en juin, selon un rapport du projet ACLED (Armed Conflict Location and Event Data).
« Après deux mois où ils étaient restés au Sud du Cabo Delgado, les insurgés de l’État islamique au Mozambique (ISM) ont commencé à retourner dans leurs bases de Macomia », déclare ACLED.
Les chercheurs d’ACLED ont commencé à indiquer que les groupes terroristes utilisaient des EEI en 2021. Depuis lors, on a relevé 45 incidents liés aux EEI, y compris 35 dans les districts de Macomia et Mocímboa. La plupart des EEI étaient situés sur des routes aux alentours de la forêt de Catupa pour freiner les forces mozambicaines et rwandaises et les inciter à rester éloignées du camp principal de l’ISM.
L’ISM tourmente la région depuis 2017 ; selon les organes de presse, il a commencé ses attaques avec des armes de fortune, notamment des machettes, des haches et des armes de petit calibre. Au début, les terroristes ont attaqué et incendié des centaines de foyers, selon Human Rights Watch.
Les insurgés ont subi des pertes de territoire en 2021 lorsque les forces de sécurité rwandaises et la Mission de la Communauté de développement d’Afrique australe au Mozambique sont intervenues. Depuis lors, les combattants de l’ISM ont eu recours à des tactiques asymétriques, y compris des embuscades, des attaques éclair et davantage d’EEI.
Le Rwanda a envoyé ses premiers soldats dans la région en 2021, sur la demande du Mozambique, pour aider à stabiliser les régions qui avaient été précédemment occupées par les terroristes. Reuters signale que le Mozambique, en date de mai 2026, a obtenu le financement nécessaire pour que l’armée rwandaise continue son déploiement.
Les EEI ont un double objectif, selon ACLED. Ils blessent les soldats et endommagent les véhicules et d’autres biens de valeur. Ils exigent aussi des opérations de détection et des mesures défensives qui immobilisent des ressources « qui sinon pourraient être utilisées dans des opérations de contre-insurrection plus proactives ».
Les EEI ne coûtent pas cher, ils sont relativement faciles à fabriquer et ils peuvent causer des dommages militaires et psychologiques disproportionnés, selon les professionnels de la santé. Ils peuvent être transportés facilement et assemblés à partir de composantes disponibles sur le marché, de munitions et d’armes volées, de cartouches récupérées et d’explosifs à base de fertilisants.
Les forêts denses, les routes sinueuses et l’éloignement des autorités militaires et policières transforment certaines régions du Cabo Delgado en cibles faciles pour les terroristes.
L’ISM, appelé aussi Ansar Al-Sounnah, veut renverser le gouvernement mozambicain et éliminer les influences étrangères. Daech a reconnu officiellement le groupe en 2019 et lui fournit une assistance technique et un soutien financier. Le Centre national de lutte contre le terrorisme des États-Unis déclare que l’organisation-mère se félicite des attaques de l’ISM dans sa propagande. Le groupe est principalement actif au Cabo Delgado et on estime qu’il possède environ 300 combattants.
Le Centre dit que le groupe emploie des armes de petit calibre, des EEI, des obus de mortier et des lance-roquettes pour attaquer les civils, les responsables du gouvernement local, les forces de sécurité, les travailleurs humanitaires étrangers et les installations publiques. Ses cibles incluent des casernes, des postes de police, des centres de santé et des écoles. L’ISM a aussi provoqué des dommages économiques en menaçant les projets de gaz naturel liquéfié dans la région. De ce fait, déclare le Centre, certaines sociétés ont suspendu leurs opérations là-bas.
ACLED signale que l’ISM emploie aussi les EEI comme défense pour empêcher les soldats d’entrer dans ses territoires. Il dit que le contrôle des EEI nécessitera de faire plus que simplement continuer les efforts de détection. « De façon plus fondamentale, cela nécessite l’arrêt de l’approvisionnement des explosifs », déclare ACLED, en ajoutant qu’il est improbable que les capacités techniques de l’ISM puissent être dégradées à court terme.
« Entre-temps, dit ACLED, ils présentent une menace directe pour les forces de l’État et leur capacité de dégrader les opérations de l’ISM, plutôt que le mouvement des civils. Puisque les EEI sont détonés par câble plutôt que par pression, le poseur de bombe peut cibler avec précision le mouvement des soldats tandis que son compagnon filme l’événement sur son téléphone pour l’utiliser dans la propagande de Daech. »
