Des attaques terroristes synchronisées, conduites au Mali au mois d’avril, ont pris pour cible des bases militaires, un aéroport et la maison d’un fonctionnaire. Ces frappes menées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et le Front de libération de l’Azawad, un groupe séparatiste, ont inclus des hordes de motos, des tirs indirects et des véhicules piégés (VBIED).
Après un siège, plusieurs avant-postes militaires ruraux avaient été envahis, le ministre de la Défense malien était mort et les rebelles contrôlaient la localité stratégique de Kidal dans le Nord du pays.
Alioune Tine, précédemment expert des Nations unies au Mali, a appelé ces attaques une « vraie catastrophe », en ajoutant que les « djihadistes avaient frappé le véritable centre du pouvoir politique et de la sécurité militaire ».
Bien que la distance de 1.500 km entre ces attaques soit unique, leur stratégie n’est pas nouvelle. Daniele Garofalo, expert du terrorisme et de la contre-insurrection au Sahel, déclare que les attaques représentent la continuation d’une doctrine opérationnelle utilisée par le GSIM depuis plus d’un an. Il dit que les forces de sécurité doivent comprendre rapidement et riposter à cette stratégie ou risquer des pertes additionnelles.
Il écrit pour la Jamestown Foundation : « [Cela] montre un groupe qui se bat avec mobilité, répétition et une escalade sélective. Pour les forces de l’État, cette dynamique expose une incohérence structurelle. »
Il déclare que les attaques d’avril montrent que le GSIM comprend bien comment maximiser son avantage asymétrique sur les forces de l’État. Voici quelques-uns des principes de la doctrine du groupe :
Déplacement en groupe sur des motos : Ces véhicules sont parfaits pour les attaques et les fuites rapides.
Raids nocturnes : Les terroristes attaquent lorsque la visibilité est la plus faible et la confusion est la plus grande. La menace de ces attaques sape les ressources et force les soldats à maintenir en permanence une posture d’alerte élevée.
Ciblage des bases isolées : Le GSIM a attaqué maintes fois des avant-postes loin de l’autorité centrale. Les terroristes conduisent rapidement leurs assauts et s’enfuient avant que les forces terrestres ou aériennes ne puissent arriver.
Emploi du tir indirect et des véhicules piégés : En frappant une cible avec des obus de mortier, des roquettes improvisées et des lance-roquettes, le GSIM perturbe la capacité de conduite d’une défense coordonnée par l’armée. Les véhicules piégés sont utilisés pour forcer l’ouverture des barricades en faisant un grand nombre de victimes ou en ciblant les officiels.
Embuscades sur la route : En prenant pour cible les camions et les convois, le GSIM isole les communautés et renforce le sentiment que l’État ne peut pas protéger les routes principales ou les chaînes d’approvisionnement vitales.
Le GSIM emploie ces tactiques pour semer le chaos. L’objet est d’ébranler la confiance dans les institutions de l’État, décourager la coopération entre les civils et les forces de sécurité, et renforcer le sentiment public selon lequel le GSIM est l’acteur de sécurité dominant dans les zones contestées, déclare M. Garofalo.
Il a dit à ADF dans un e-mail : « Le GSIM cherche à imposer une pression opérationnelle continue tout en poussant les forces de sécurité dans une posture réactive. L’objectif militaire immédiat n’est qu’un facteur de l’équation. Chaque attaque réussie est conçue pour produire des effets stratégiques plus vastes. »
Il déclare qu’il n’existe pas de manière simple de contrer ces attaques asymétriques, mais il recommande une approche adaptative multidimensionnelle.
- Accroître la résilience opérationnelle : Les bases éloignées doivent être intégrées dans un réseau défensif plus vaste soutenu par une logistique fiable, des communications sécurisées et des forces de réaction rapide.
- Agir imprévisiblement : Le GSIM prévoit ses attaques en fonction des habitudes militaires prévisibles, des horaires de convoi et des modes de renfort. Les forces de sécurité doivent varier ces modes pour semer la confusion chez l’ennemi.
- Améliorer la confiance : Le développement des relations civilo-militaires, le respect des droits de l’homme et la protection des communautés locales feront gagner des alliés aux forces de sécurité et aideront l’armée à recueillir des renseignements.
- Ne pas considérer la sécurité uniquement comme un facteur militaire : Le GSIM est florissant dans les zones où les services publics, l’état de droit, les soins de santé, l’éducation et les opportunités économiques font défaut. Si la gouvernance est améliorée, les terroristes auront plus de mal à obtenir un soutien.
Puisque le GSIM modifie constamment ses tactiques et cherche les points faibles, les forces de sécurité doivent aussi être prêtes à s’adapter.
« En fin de compte, le GSIM présente un défi adaptatif plutôt que simplement tactique, déclare M. Garofalo à ADF. Les efforts de contre-insurrection doivent donc devenir adaptatifs eux aussi, en combinant l’efficacité militaire et les opérations axées sur le renseignement, la gouvernance résiliente, la protection des civils et la crédibilité institutionnelle. Sans cette approche intégrée, il est peu probable que les victoires tactiques puissent produire des effets stratégiques durables. »
