En février 2025, le Bureau central d’investigations judiciaires du Maroc a effectué des descentes dans l’ensemble du pays et arrêté douze hommes liés à l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), ce qui a perturbé un complot terroriste visant à commettre des attentats à la bombe contre les sites financiers et touristiques.
Les descentes ont permis de saisir des drapeaux de l’État islamique, de l’argent liquide, des bombes contenant des clous, de la dynamite, des fusils et des couteaux. Elles ont aussi révélé des preuves que le complot avait été inspiré et financé par un membre de l’EIGS. Ce groupe cherche à se propager au-delà de sa base dans la région du Liptako-Gourma, où le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont des frontières communes.
Au cours des dernières années, les dirigeants centraux de l’État islamique (Daech) ont tourné leur attention et leurs ressources vers leurs affiliés africains au lieu de leur base historique en Syrie et en Irak. Ils ont pu tirer profit des frontières poreuses, de la frustration économique et des tensions ethniques pour recruter de nouveaux membres.
L’analyste Lucas Webber écrit pour le Soufan Center : « L’importance de l’Afrique pour Daech ne peut pas être [surestimée]. »
L’instabilité chronique et la faiblesse des gouvernements de la région du Sahel ont offert une opportunité à l’EIGS pour bâtir une structure pour ses opérations futures, y compris celles qui franchissent ses frontières historiques et affectent l’Europe et l’Amérique du Nord. Cette structure s’accompagne d’un vaste réseau de propagande en ligne et d’un système de communications cryptées qui diffuse des messages radicaux et des instructions pour les attaques terroristes transfrontalières, comme cela a été démontré au Maroc.
« Malgré une capacité d’insurgés et un territoire bien inférieurs à ceux de son rival, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) sahélien lié à Al-Qaïda, l’EIGS est devenu une entité formidable sur le panorama djihadiste mondial et africain, en employant des stratégies sophistiquées pour internationaliser ses opérations et étendre sa portée », ajoute Lucas Webber.
Le groupe terroriste Lakurawa au Nord-Ouest du Nigeria s’est récemment rangé aux côtés de l’EIGS, en donnant au groupe une prise de pied lui permettant d’accroître sa collaboration avec la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI) active dans le Nord-Est du Nigeria et le bassin du lac Tchad.
L’EIGS et la PAOEI ont renforcé leur collaboration par le biais du siège régional de la PAOEI, Maktab Al-Furqan, qui est peut-être basé au Nigeria. Jusqu’à présent, la relation a permis l’envoi par la PAOEI de carburant, d’armes et de combattants pour soutenir l’EIGS au Burkina Faso et au Mali. La PAOEI fournit aussi à l’EIGS de l’argent par le biais du hawala, système financier informel utilisé au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
Il est probable que la relation s’intensifiera à l’avenir, selon les analystes Miles Charles et Liam Karr.
Ils écrivent pour le site web Critical Threats de l’American Enterprise Institute : « Daech a aussi démontré clairement son intention d’utiliser l’EIGS et ses réseaux transsahariens pour soutenir des cellules d’attaque en Afrique du Nord et en Europe et pour aider les mouvements des combattants étrangers vers l’Afrique de l’Ouest. ».
Le recours de l’État islamique à ses affiliés sahéliens signifie que les gouvernements hors du Sahel doivent tourner une attention plus grande vers un groupe qui se développe rapidement au-delà d’une menace régionale. La descente de 2025 au Maroc, qui a une frontière avec l’Espagne, en est la preuve, selon les analystes Lucas Webber et Paweł Wójcik.
Ils écrivent dans Foreign Policy : « Les responsables politiques considèrent depuis longtemps que la violence sahélienne est une insurrection locale qui peut être mieux confrontée par les partenaires régionaux. Mais le centre mondial du djihadisme évolue et à mesure que l’EIGS attire les combattants étrangers, facilite les complots au Maroc et en Espagne, et s’intègre plus étroitement dans la structure de commandement de l’État islamique, sa portée est en expansion. »
