L’attaque récente conduite par l’État islamique d’une mine d’or appartenant à la Chine en République démocratique du Congo sur la rivière Ituri était la première de ce type pour le groupe et a démontré une évolution de ses tactiques et de sa stratégie, selon les analystes.
Le site minier de Muchacha dans la province orientale de l’Ituri emploie des milliers de Chinois et de Congolais. Il était protégé par le 311ème bataillon de l’armée congolaise (FARDC) en vertu d’un contrat avec le propriétaire de la mine, la société Mimia Mining basée en Chine.
Selon des rapports sur les réseaux sociaux, les attaquants de l’État islamique en Afrique centrale (ISCAP) ont revendiqué l’assassinat de 7 soldats des FARDC lors de l’assaut. Ils ont incendié des édifices et du matériel et ont volé des armes dans le complexe minier, puis ils ont tué 17 civils et incendié des maisons dans le village voisin de Muchacha. Les résidents et les ressortissants chinois se sont enfuis sur des embarcations en descendant l’Ituri.
Les images qu’ISCAP a affichées sur la plateforme sociale X montrent l’incendie des camions et des bâtiments. Les travaux dans la mine ont été suspendus après l’attaque du 11 mars.
C’est la première fois que l’ISCAP attaque une mine d’or comme celle-ci : vaste, fortement gardée, semi-industrielle. Avant l’attaque, le groupe avait concentré ses assauts contre les mines artisanales plus petites, selon Caleb Weiss et Ryan O’Farrell de Bridgeway Foundation.
L’attaque montre aussi que l’ISCAP reste une menace résiliente dans l’Est de la RDC, même après la campagne menée par l’armée depuis cinq ans pour éliminer le groupe.
« Le fait qu’ISCAP ait été capable de se déplacer aussi loin de sa ZO [zone d’opération] normale, puis d’attaquer un complexe minier fortifié et protégé par les soldats des FARDC, pourrait maintenant placer dans sa ligne de mire d’autres mines de grande échelle, dont beaucoup sont aussi ouvertes dans le territoire de Mambasa, province de l’Ituri », écrivent les deux analystes pour la Foundation for the Defense of Democracies.
Le site minier de Muchacha est situé dans la réserve de faune à okapis, qui abrite des animaux rares tels que les okapis et les éléphants de forêt, ainsi que d’autres populations sauvages. Toutefois, la forêt sert aussi de refuge pour les combattants de l’ISCAP, qui ont établi plusieurs campements semi-permanents et hautement mobiles. Ils sont connectés par la technologie satellitaire, la navigation GPS et les drones commerciaux utilisés à des fins de reconnaissance. Le couvert forestier épais rend les campements presque invisibles aux drones de surveillance du gouvernement.
« Bien que l’ISCAP ait toujours compté sur la mobilité comme l’un de ses points forts, un mouvement de cette ampleur est possible uniquement grâce à des avancées dans la trousse à outils technologique du groupe. Ces outils ont maintenant été distribués dans presque tous les campements éparpillés de l’ISCAP, dans ce qui constitut évidemment une mise à niveau technologique centralement organisée, à un coût probable de plusieurs dizaines de milliers de dollars. »
En plus de la technologie, l’ISCAP utilise des enfants soldats recrutés auprès des communautés voisines pour lancer leurs raids. Des vidéos filmées à l’intérieur d’un logement de mineurs et affichées sur X montrent de jeunes adolescents entrant dans l’habitation, certains avec des armes et d’autres avec des sacs sur les épaules.
Selon les deux analystes, l’ISCAP a exploité la focalisation de l’armée congolaise sur la lutte contre le groupe rebelle M23 soutenu par le Rwanda, qui est actif dans certaines régions de l’Ituri et de la province voisine du Nord-Kivu au Sud.
L’ISCAP a aussi profité des problèmes continuels de la RDC pour partager le renseignement avec la Force de défense du peuple ougandais, son partenaire dans la campagne conjointe de l’opération Shujaa contre les terroristes.
« L’attaque de Muchacha démontre que, malgré près de cinq ans d’opérations militaires soutenues contre le groupe, l’ISCAP conserve la capacité de conduire de tels assauts. »
