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    Home»Actualités du Jour»« Il n’y a plus d’espoir » alors que les chalutiers chinois pillent les eaux sénégalaises
    Actualités du Jour

    « Il n’y a plus d’espoir » alors que les chalutiers chinois pillent les eaux sénégalaises

    Le pays perd jusqu’à 300 millions de dollars par an à cause de la pêche illégale
    ADFBy ADF21 avril 20265 Mins Read
    Le pêcheur artisanal Ibrahima Mar de Rufisque (Sénégal) a constaté la forte baisse des stocks de poisson du pays au cours des quinze dernières années. AFP/GETTY IMAGES
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    La pêche artisanale avait soutenu la famille d’Ibrahima Mar pendant des générations. Mais ce résident de Rufisque, faubourg de Dakar, a constaté la réduction graduelle des stocks de poisson de son pays au cours des quinze dernières années.

    Cela est dû aux chalutiers industriels étrangers, en particulier ceux de la Chine, qui pillent les eaux sénégalaises en prenant une source alimentaire critique tout en menaçant les emplois de plus de 1,3 million de personnes qui travaillent dans le secteur de la pêche du pays. M. Mar est écœuré par la perte du poisson, de son moyen de subsistance et de l’un de ses fils, qui a essayé de partir pour l’Europe il y a plusieurs années dans une tentative désespérée de trouver du travail, mais qui n’a plus donné de nouvelles depuis.

    M. Mar a aujourd’hui 55 ans. Il déclare à l’Agence France-Presse (AFP) que le poisson du pays, en particulier les petites espèces pélagiques telles que la sardinelle et le chinchard, est « pris sur notre passage. Donc, il n’y a plus d’espoir. »

    Un grand nombre de ces navires étrangers pratiquent la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN). La Chine régit la plus grande flotte de pêche en eaux distantes et est le plus grand contrevenant mondial de la pêche illégale, selon l’indice de risque de pêche INN. Parmi les dix premières entreprises pratiquant la pêche illégale dans le monde, huit sont chinoises.

    Au Sénégal et en Afrique de l’Ouest, les chalutiers étrangers utilisent diverses tactiques illégales, notamment la pêche aux explosifs, l’emploi de filets de taille illégale, la pêche au lamparo et la pratique du « saiko » ou transbordement illégal en mer. Ils pratiquent aussi le chalut de fond, en faisant traîner un énorme filet sur les fonds marins et ramassant systématiquement toute la faune marine. Cette pratique tue les poissons juvéniles, ce qui conduit à la baisse des stocks de poisson, et détruit les écosystèmes critiques pour la survie des animaux marins.

    Les bateaux de pêche étrangers ont aussi la réputation d’abuser des règles locales pour enregistrer un navire de pêche dont le propriétaire et l’opérateur sont étrangers sur un registre africain et pêcher dans les eaux locales. Ceci s’appelle « battre pavillon de complaisance » et aide le propriétaire du navire à éviter les charges financières et les autres règles.

    La pêche illégale fait perdre au Sénégal près de 300 millions de dollars par an, et à l’Afrique de l’Ouest un montant estimé à 10 milliards par an. La Financial Transparency Coalition a découvert que la région attirait 40 % des chalutiers illégaux du monde. Au Sénégal, 57 % des populations de poisson exploitées sont en train de se désintégrer, selon l’Environmental Justice Foundation.

    « Ce qu’une pirogue [locale] attrapait jadis en deux mois, cette même pirogue peut pêcher pendant six ou sept mois pour attraper la même quantité, ce qui est un problème », déclare à l’AFP Mamadou Diouf Sène, président de la Commission des recettes du quai de pêche de Rufisque.

    À cause du manque de poisson local, Aïssatou Wade est l’une des dernières mareyeuses de petite échelle à Joal-Fadiouth, commune côtière dans le centre du Sénégal où le commerce a essentiellement disparu.

    « Sans le poisson, nous n’avons pas d’argent pour envoyer les enfants à l’école, acheter de la nourriture ou obtenir de l’aide si nous tombons malades », a-t-elle dit au Guardian.

    Même avec l’aide de l’armée sénégalaise, la surveillance des eaux du pays est « très difficile », déclare à l’AFP Cheikh Salla Ndiaye de la direction de la protection et de la surveillance des pêches. Sophie Cooke, analyste des vaisseaux de pêche chez Greenpeace, déclare que la haute mer était autrefois considérée « comme le Far West parce qu’il était impossible de voir ce qui se passait là-bas ».

    Toutefois, les technologies telles que les dispositifs de repérage, le radar satellitaire et les smartphones pouvant être utilisés par les pêcheurs pour prendre des photos et localiser l’emplacement des chalutiers, améliorent la capacité de surveillance. M. Mar qui a récemment passé du temps sur un navire de Greenpeace avec d’autres pêcheurs locaux déclare qu’il a l’intention d’emmener ces outils lorsqu’il retournera à Rufisque.

    Le gouvernement sénégalais a pris des mesures pour combattre la pêche illégale. En 2022, le pays a lancé un programme pour promouvoir la transparence dans le secteur des pêches du pays en publiant des listes de permis et des registres de vaisseaux actualisés en ligne. Deux ans plus tard, le Sénégal a commencé à publier une liste de vaisseaux autorisés à pêcher dans les eaux territoriales. Toutefois, en novembre 2024, l’Union européenne a décidé de ne pas renouveler l’accord de pêche avec le Sénégal après avoir signalé un manque de coopération du pays dans la lutte contre la pêche illégale, à cause des lacunes des systèmes de surveillance et de pistage.

    En mars 2026, le Sénégal et l’Espagne ont signé un protocole d’accord sur la coopération en matière de pêche marine et de lutte contre la pêche illégale. Le partenariat se concentrera sur la durabilité des ressources, la formation, la recherche et la gouvernance dans le secteur des pêches. L’accord inclut aussi un soutien de la part de l’Espagne pour renforcer la capacité de surveillance, d’inspection, de traçabilité et d’application des règles de pêche INN du Sénégal, selon l’Agence Ecofin.

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