Depuis que sept pays d’Afrique de l’Est ont convenu de lancer le projet Jahazi en septembre 2025, les autorités ont renforcé les protections contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN).
Ce projet, portant le nom de « boutre » (voilier traditionnel à coque en bois) en langue swahilie, vise à protéger l’océan et libérer le potentiel de l’économie des océans dans la région, estimée à 405 milliards de dollars en 2030. La Banque mondiale définit ainsi l’économie « bleue » : « l’utilisation durable des ressources océaniques pour la croissance économique, l’amélioration des moyens de subsistance et des emplois, et la santé de l’écosystème océanique. »
Michael Mallya, porte-parole du projet, écrit sur le site web tanzanien The Chanzo : « L’initiative est axée autour du rétablissement de l’équilibre entre l’opportunité économique et la gestion de l’environnement. Ceci commence en faisant face à la crise de la pêche INN, en œuvrant aux côtés des gouvernements, des forces de sécurité régionales et des partenaires internationaux pour renforcer la surveillance maritime, combler les lacunes de la réglementation et protéger les stocks de poissons vitaux. »
Lancé par Ascending Africa, organisation panafricaine dédiée à la promotion du développement durable, le projet est allé au-delà des questions sur la gestion technique de la pêche pour passer à un dialogue plus général sur la souveraineté, le développement et le partage des responsabilités, selon le journal kényan The Star.
Les pays participants incluent les Comores, le Kenya, Madagascar, la République de Maurice, le Mozambique, les Seychelles, la Tanzanie et l’archipel tanzanien de Zanzibar. On estime que la pêche illégale fait perdre à la région 415 millions de dollars par an, ce qui provoque l’insécurité alimentaire et fait pression sur les 3 millions de personnes de la région qui dépendent de la mer pour leurs moyens de subsistance.
Le projet vise aussi à soutenir les coopératives de pêche durables, créer des opportunités pour des alternatives d’emploi et engager les responsables politiques au niveau national et régional à intégrer la croissance économique avec la durabilité écologique. Un autre objectif consiste à enseigner aux jeunes le potentiel de l’économie des océans dans la région.
La surexploitation généralisée pratiquée par les chalutiers industriels étrangers, notamment de nombreux chalutiers chinois, exacerbe ce défi. La Chine régit la plus grande flotte de pêche en eaux distantes du monde et elle est le pire contrevenant mondial de la pêche illégale, selon l’indice de risque de pêche INN. Parmi les dix premières sociétés pratiquant la pêche illégale dans le monde, huit sont chinoises. À cause des pratiques des chalutiers de Pékin, l’Afrique de l’Ouest est désormais le point sensible mondial de la pêche illégale.
En Tanzanie, qui perd annuellement 142,8 millions de dollars à cause de la pêche illégale, une enquête conduite par l’Environmental Justice Foundation a révélé des abus des droits de l’homme sur les chalutiers chinois et des pratiques de pêche illégale systémiques, notamment l’enlèvement des nageoires des requins, pratique brutale qui consiste à prélever les ailerons de requin par dépeçage à vif et de rejeter les corps dans l’océan.
Des membres d’équipage ont déclaré à la Foundation : « [La nageoire] a été placée dans un congélateur séparé dans [la salle du] capitaine. Il était évident que nous l’avions cachée, nous devions la cacher. Parce que lorsque nous sommes allés à Maurice, il y a eu une inspection, donc nous devions bien la cacher […] parce que les requins sont des animaux protégés. »
Les chalutiers chinois emploient tout un éventail d’autres tactiques illégales, notamment la pêche aux explosifs, l’utilisation de filets de taille illégale, la pêche au lamparo, le « saiko » (transbordement illégal en mer) et le chalut de fond, qui consiste à traîner un énorme filet sur le sol océanique et ramasser systématiquement tous les types d’espèces aquatiques. Cette pratique tue les poissons juvéniles, ce qui fait baisser les stocks de poissons et détruit les écosystèmes cruciaux pour la survie de la faune marine.
En Tanzanie, les stocks de poissons en baisse près du rivage ont forcé 75 % des pêcheurs artisanaux du pays à pêcher plus loin en mer, ce qui augmente les coûts et les risques. Lors d’une discussion de table ronde organisée par le projet Jahazi à Dar es Salam en septembre 2025, Baraka Sekadende du ministère tanzanien du Bétail et des Pêches a déclaré que la pêche illégale est non seulement un problème de pêche mais aussi un problème de développement humain.
Elle a dit dans un reportage du journal The Star : « Lorsque les stocks de poissons baissent, la sécurité alimentaire se fragilise, les revenus des foyers diminuent et l’opportunité économique devient limitée. »
Matthew Silas de l’Autorité de la pêche hauturière de Tanzanie a noté l’amélioration de la capacité de surveillance de la région, notamment les systèmes de surveillance des navires et le suivi par satellite.
« Toutefois, la technologie ne peut pas à elle seule combler les écarts de coordination entre les juridictions », a-t-il dit.
Les autres participants à la discussion ont mis l’accent sur les défis, notamment les systèmes d’enregistrement des navires qui ne sont pas complètement interopérables, les différences de pénalité d’un pays à l’autre pour la pêche illégale et le partage incohérent des renseignements en temps réel.
Selon M. Mallya, la première phase du projet se concentrera sur les eaux côtières près du Kenya, du Mozambique et de la Tanzanie. Les efforts incluront la création de zones de conservation maritimes axées sur les communautés et le soutien aux patrouilles conjointes de surveillance.
Il écrit pour The Chanzo : « La vision à long terme est claire : un littoral est-africain prospère où les écosystèmes marins sont sains, les économies sont résilientes et l’héritage culturel est préservé. En évoquant l’esprit du boutre, le projet Jahazi cherche non seulement à protéger l’océan mais aussi à inspirer la titularité et la fierté, précisément auprès des gens qui en dépendent le plus. »
