Les assassins sont venus de la forêt de Kainji dans la région centrale du Nigeria. Lorsqu’ils finirent leur travail, le village de Woro était un tas de cendres et 170 résidents avaient trouvé la mort.
L’attaque au début février par les combattants de Boko Haram a amené au cœur du pays sa lutte contre les terroristes nigérians, qui avait lieu dans les états septentrionaux de Borno et Sokoto. Les groupes terroristes tentent de créer un couloir d’approvisionnement connectant le Sahel à l’océan.
L’attaque de Woro et trois autres attaques au cours des quinze jours suivants dans l’État de Borno adoptent le même modèle : les groupes terroristes, notamment la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI), Lakurawa et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), agissent à partir des zones rurales non gouvernées telles que les forêts de Sambisa et Kainji alors que les forces de sécurité restent concentrées dans les zones urbaines. Cette stratégie doit changer, selon l’analyste Ebenezer Obadare du Council on Foreign Relations à Washington.
« La meilleure façon d’empêcher les attaques futures est d’affronter ces groupes dans les lieux forestiers et frontaliers où l’on sait qu’ils se cachent, et de continuer à donner aux forces armées nigérianes l’équipement dont elles ont besoin pour conduire des campagnes de contre-terrorisme efficaces », dit-il à l’Africa Report.
L’opération Savannah Shield lancée en janvier vise à faire exactement cela dans la région centrale du Nigeria, depuis l’État de Kwara sur la frontière béninoise jusqu’à l’État de Nasawara. Toutefois, il existe un défi affectant la campagne de contre-terrorisme du Nigeria : le fait que, après plusieurs années de lutte entre elles, les organisations terroristes nigérianes commencent à œuvrer ensemble.
Boko Haram et la PAOEI ont collaboré dans des attaques au Nord-Est. Boko Haram a envoyé des conseillers pour œuvrer avec Lakurawa au Nord-Ouest. Les combattants de Lakurawa ont lancé des attaques au Bénin en décembre 2024 et au Niger en janvier 2025 depuis leur base dans l’État nigérian de Sokoto. La coopération entre les groupes terroristes fait grimper les enjeux pour les forces de sécurité habituées à traiter avec un seul groupe à la fois, selon l’analyste Abiodun Ramon Oseni de l’Institut de sécurité du Nigeria.
« Les efforts conjoints d’entraînement sont aujourd’hui coordonnés entre les groupes terroristes, qui essaient d’intégrer la technologie moderne et la guerre des drones, écrit-il. Divers groupes terroristes s’orientent maintenant vers des efforts logistiques collaboratifs pour soutenir leurs activités malveillantes. »
La collaboration a permis à Boko Haram et la PAOEI de passer de la planification tactique (opérations où ils se battent entre eux ou séparément contre le gouvernement) à une approche plus stratégique. Les groupes terroristes ont commencé à mettre l’accent sur leur stratégie et leurs intérêts économiques communs, note M. Oseni.
« Les efforts logistiques collaboratifs s’alignent puisqu’ils sont actifs au sein de la même industrie, en utilisant des routes comparables et partageant les mêmes zones géographiques. »
Les attaques à Cross Kauwa, Mandaragirau et Pulka dans l’État de Borno vers la mi-février ont fait écho à l’attaque de Woro : les combattants sont sortis de la forêt pour attaquer les soldats et incendier les bases militaires. La PAOEI à elle seule a conduit seize descentes sur des bases militaires en 2025, augmentation considérable poussée par les chefs de Daech qui exigent que tous les affiliés intensifient la violence, selon les analystes. « La sophistication tactique de ces attaques, y compris leur programmation (surtout la nuit) et leur précision, souligne une menace croissante », écrit l’analyste Malik Samuel pour Good Governance Africa.
Les groupes mettent en commun le renseignement, œuvrent ensemble sur la logistique et l’entraînement et partagent leurs finances. Ils mettent aussi en commun des informations sur le mode de travail des agences de sécurité nigérianes, selon M. Oseni.
D’autres éléments soutenant le passage d’une planification tactique à une stratégique incluent l’échange de renseignement, la collaboration sur les questions financières, l’entraînement conjoint, le partage des informations de logistique et les efforts visant à acquérir des renseignements auprès des agences de police nigérianes et hors de celles-ci.
« Étant donné les opérations du groupe, il est crucial pour le gouvernement nigérian d’enquêter réellement sur les menaces potentielles posées par les initiés », écrit M. Oseni.
