Les Forces rwandaises de défense renforcent leur présence militaire dans la province mozambicaine du Cabo Delgado, où les terroristes ont conduit plus de 500 attaques entre janvier et août 2025.
Les analystes déclarent que les forces mozambicaines sont débordées et mal équipées pour contrôler l’offensive des insurgés, dirigée par l’État islamique au Mozambique (ISM). À la fin 2025, l’ISM a redoublé ses attaques contre les positions militaires et les zones civiles dans les districts de Mocímboa da Praia et Palma. Les terroristes ont aussi attaqué certains districts dans les provinces voisines de Nampula et Niassa, ce qui incita le Mozambique à demander un soutien militaire externe additionnel. En réponse, le Rwanda a déployé de nouveaux soldats, des ressources de transport aérien et des spécialistes de logistique pour renforcer ses unités de première ligne au Mozambique. Il y a aujourd’hui plus de 2.000 soldats rwandais dans le pays.
Le bureau du président mozambicain Daniel Chapo a déclaré : « Ce que nous faisons en ce moment, c’est de faire des efforts sur deux fronts. D’un côté, nous nous battons sur le terrain pour assurer que nos peuplements ne soient pas attaqués ; de l’autre, nous essayons de comprendre cette structure comme nous l’avons fait avec la Renamo », ex-groupe rebelle qui avait combattu le gouvernement pendant seize ans avant le cessez-le-feu de 1992.
Les forces font face aux attaques d’une insurrection brutale. L’ISM recrute les jeunes des groupes ethniques mwani et makua qui se sentent rejetés, et utilise en général des armes de petit calibre, des engins explosifs improvisés, des roquettes et des mortiers dans ses attaques. Le 4 février, des terroristes présumés de l’ISM ont tendu une embuscade à des véhicules sur une route reliant les localités de Macomia et Mucojo au Cabo Delgado. Aucune victime n’a été signalée mais la fusillade des combattants a fait arrêter complètement la circulation.
Une source d’information a déclaré à l’agence de presse d’État Agência de Informação de Moçambique : « Après l’attaque, les automobilistes ont été forcés de conduire leur voiture dans la brousse, apparemment pour éviter d’attirer l’attention des patrouilles des forces de défense mozambicaines et rwandaises. Une fois dans la brousse, les occupants, y compris les conducteurs, ont été forcés de remettre leurs téléphones mobiles et leur argent. »
L’ISM a aussi développé d’importantes nouvelles sources de revenu avec les enlèvements contre rançon, les extorsions et la prise de contrôle des opérations d’extraction minière artisanales et de petite échelle au Cabo Delgado. Les enlèvements contre rançon représentaient environ 10 % de l’ensemble des activités de l’ISM pendant l’année passée, selon l’organisme de surveillance ACLED (Armed Conflict Location and Event Data).
En plus des soldats rwandais, on anticipe qu’environ 300 soldats des Forces de défense du peuple tanzanien resteront au Cabo Delgado, selon Zitamar News.
Le président mozambicain a déclaré au magazine The Africa Report : « Le Mozambique et la Tanzanie ont une longue frontière commune. Ce sont les forces armées tanzaniennes qui protègent cette frontière pour empêcher les terroristes de pénétrer sur le territoire mozambicain. »
La Tanzanie faisait partie de la Mission de la Communauté de développement d’Afrique australe au Mozambique, qui avait œuvré avec les forces rwandaises et mozambicaines en 2023 pour éliminer approximativement 90 % des combattants de l’ISM dans le Nord du Cabo Delgado. Lorsque la mission s’est retirée de la province en 2024, les soldats tanzaniens sont restés dans le district de Nangrade en vertu d’un accord distinct. Nangrade est séparé de la Tanzanie par les eaux peu profondes du fleuve Ruvuma.
Le Mozambique souhaite continuer à prioriser la coopération multilatérale pour combattre le terrorisme dans le Nord du pays, notamment dans les provinces de Niassa et Nampula, tout en développant son industrie de la défense, selon les déclarations de Cristóvão Chume, ministre mozambicain de la Défense, devant le Parlement en décembre 2025.
« Dans le théâtre d’opérations du Nord, nous faisons face à une agression extérieure menée par un syndicat terroriste international. Ceci rend le scénario très complexe, étant donné que le terrorisme transnational est un phénomène hybride et diffus avec des motivations, des intentions et des structures opérationnelles complexes », a-t-il déclaré dans un reportage du journal Club of Mozambique.
M. Chume a décrit l’ISM comme étant « similaire à tous les autres qui sont actifs dans la région subsaharienne de notre continent, et dont le dénominateur commun réside dans certains aspects de volatilité, de temps et d’espace, en particulier l’exploitation de certaines vulnérabilités locales, pour s’établir ».
Les forces armées rwandaises et tanzaniennes ont offert toutes les deux une formation aux soldats mozambicains, et M. Chapo a déclaré qu’il était important que cela continue, pour que le pays puisse finalement se défendre lui-même sans aide externe.
« Le moment viendra où nous pourrons dire : merci beaucoup pour le soutien que vous nous avez donné, mais nous sommes maintenant dans une position où nous pouvons défendre tout seuls la patrie, sans besoin du soutien constant de nos voisins », a-t-il dit.
L’insurrection du Cabo Delgado a commencé en 2017. Depuis lors, plus de 5.000 personnes ont été tuées alors que 1,3 million ont été déplacées, selon le projet ACLED.
