Environ 160 membres présumés du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), un groupe terroriste, ont attaqué le 11 janvier trois usines et enlevé quatre civils, notamment un responsable local, dans la région de Kayes à l’Ouest du Mali.
Comme d’autres groupes terroristes du Sahel, le GSIM enlève les gens contre rançon pour financer ses opérations, intimider les résidents et obtenir des renseignements. Les enlèvements offrent aussi un moyen de recruter des jeunes et des professionnels qualifiés tels que des médecins et des infirmiers. L’enlèvement de civils locaux contre rançon est une tendance en hausse parmi ces groupes, qui jadis s’appuyaient plus fortement sur l’enlèvement des étrangers.
Ce changement de tactique a été identifié par les chercheurs Alexander Laskaris, professeur invité de l’université de Floride, et Olivier Walther, professeur associé de géographie dans cette université, qui ont utilisé les données du projet ACLED (Armed Conflict Location and Event Data) pour suivre l’évolution des enlèvements et des disparitions forcées dans 17 pays d’Afrique de l’Ouest au cours des 24 dernières années. Ils ont étudié près de 58.000 événements violents qui ont conduit à plus de 201.000 décès entre janvier 2000 et juin 2024
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Ils écrivent dans The Conversation : « Nos découvertes suggèrent que l’industrie des enlèvements a subi un changement majeur. Nous avons découvert que la plupart des victimes des enlèvements contre rançon étaient des Occidentaux jusqu’à la fin des années 2010. Ensuite, les organisations extrémistes violentes se sont tournées vers les civils locaux. Les otages occidentaux et locaux représentent tous des ressources lucratives qui financent en fin de compte les insurrections dans l’Ouest du Sahel africain. »
Les terroristes ont tourné leur attention vers les résidents locaux à cause d’une forte baisse du nombre de ressortissants étrangers vivant ou voyageant au Sahel. Les enlèvements s’y produisent généralement dans les couloirs majeurs de transport et les zones rurales, où les groupes terroristes ont établi une économie basée sur le pillage et le rançonnement des civils.
« Dans la région centrale du Sahel, écrivent les deux professeurs, cette économie de l’enlèvement s’est propagée dans la plupart des zones rurales. Ceci inclut le Sud de la forêt du Wagadu au Mali jusqu’au parc national du W à la frontière entre le Burkina Faso, le Bénin et le Niger. L’économie locale brutale des enlèvements contre rançon est aussi florissante dans la région du lac Tchad. »
Les civils sont parfois libérés indemnes après le vol de leur moto, nourriture, téléphone et animaux, ou après le paiement d’une rançon.
Les organisations terroristes considèrent toujours l’enlèvement des étrangers comme une entreprise lucrative. On estime que les pays européens ont versé 125 millions de dollars pour libérer des otages capturés par Al-Qaïda dans le Sahel africain occidental entre 2008 et 2014, et les étrangers qui visitent la région font toujours face à la menace d’enlèvement. On affirme que les Émirats arabes unis ont versé en octobre 2025 une rançon de 50 millions de dollars et livré du matériel militaire aux combattants d’Al-Qaïda pour la libération des otages émiriens au Mali.
Comme le notent les chercheurs, on pense souvent à tort que les forces armées étrangères sauvent la plupart des otages au Sahel, mais ces cas sont rares.
« La plupart du temps, ils sont libérés à cause d’une rançon et des concessions négociées par les partenaires locaux », écrivent-ils.
Les données ACLED montrent que les enlèvements contre rançon au Sahel ne sont pas aussi fréquents qu’avant, bien qu’ils constituent toujours une menace. Entre 2022 et 2024, le nombre d’enlèvements annuels contre rançon au Burkina Faso, au Mali et au Niger a baissé de plus de 500 à plus de 200.
L’un des pires enlèvements en masse de l’histoire du Nigeria s’est produit le 21 novembre 2025 lorsque des militants ont pris d’assaut un pensionnat de l’État de Niger vers 02h00 et enlevé 303 élèves et 12 enseignants, chiffres qui dépassent les 276 personnes enlevées lors de l’assaut notoire contre une école de Chibok en 2014. Tous les élèves ont été libérés en date du 22 décembre, mais le sort des enseignants demeure incertain.
On ne sait pas si les enfants ont été libérés sur paiement de rançon, par des négociations avec les ravisseurs ou dans une attaque par le personnel de sécurité. Selon la BBC, le Nigeria a interdit le paiement des rançons.
« Pour les gouvernements sahéliens, écrivent les chercheurs, accepter de payer des rançons affaiblit leur situation politique et fournit un soutien matériel à ceux qui les menacent. Il en est de même pour les étrangers au Sahel, qu’ils soient agents d’assistance, missionnaires, personnes d’affaires ou touristes. Pour eux, chaque rançon versée rend leur situation plus précaire. »
