La branche somalienne de l’État islamique est devenue une plateforme cruciale pour le financement du terrorisme en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie centrale, selon des études récentes.
L’État islamique-Somalie (ISSOM) est basé dans les montagnes au Nord du Pount, au cœur du réseau de Daech entre l’Afghanistan et le Mozambique. À partir de là, ISSOM envoie des armes, des combattants et des millions de dollars en espèces aux affiliés de Daech dans la région.
Le groupe était autrefois considéré comme une menace de sécurité mineure, mais son bureau Al-Karrar est devenu un acteur majeur dans le système de Daech au sens large. En février, les combattants de l’ISSOM ont tué près de 100 personnes et blessé 60 dans une attaque contre une base militaire du Pount.
À cause des actes de l’ISSOM, Abdul Qadir Mumin, le chef du groupe, a augmenté son influence dans les opérations transnationales de Daech.
Le groupe, qui avait des ressources à hauteur de 70.000 dollars en 2019, gère actuellement environ 6 millions de dollars par an.
Des chercheurs du Crisis Group ont écrit dans un rapport récent : « L’État islamique en Somalie a une force considérable malgré son influence opérationnelle limitée. L’émergence potentielle de Mumin comme leader mondial signale que Daech-Somalie pourrait jouer un rôle dans le mouvement djihadiste bien au-delà de son pays d’origine. »
Les cellules informelles de loyalistes de Daech en Afrique du Sud jouent un rôle important pour enrichir l’organisation et servir d’intermédiaires en coordonnant les dépenses.
Grâce à un mélange d’échanges de cryptomonnaie et de réseaux de hawala entre individus, les agents ISSOM transfèrent des centaines de milliers de dollars recueillis par les enlèvements contre rançon, l’extorsion, les taxes illégales et d’autres moyens vers leurs homologues d’Afrique du Sud. De là, l’argent est transféré vers les affiliés de Daech en république démocratique du Congo (RDC), au Mali et au Mozambique.
Comme exemple de l’influence croissante de l’ISSOM, son soutien financier est vital pour la survie de la Province de l’État islamique en Afrique centrale (ISCAP) basée en RDC, selon les recherches du Programme sur l’extrémisme de l’université George Washington. Ce soutien financier a permis à ISCAP, appelée localement Forces démocratiques alliées, de se rétablir après la perte d’autres financements et d’accroître ses attaques.
Alors que les cryptomonnaies utilisent des porte-monnaie électroniques qui peuvent être identifiés, les réseaux de hawala emploient des agents de chaque côté d’une transaction pour fournir l’argent aux récipiendaires.
En vertu d’un système d’honneur, un client donne l’argent à un intermédiaire d’un côté et le destinataire reçoit cet argent d’un intermédiaire de l’autre côté. De cette façon, l’argent est transféré sans passer par les réseaux financiers internationaux. En fin de compte, les agents règlent leurs comptes entre eux.
Un groupe de hawala appelé réseau Heeryo a transféré plus de 400.000 dollars entre l’ISSOM et des agents en Afrique du Sud sur une période de 18 mois, selon les chercheurs du Programme sur l’extrémisme. De là, les fonds ont été envoyés aux agents de Daech dans divers pays africains et aux Émirats arabes unis.
« Les autorités ont clôturé ce réseau en septembre 2021 mais on peut supposer que des réseaux parallèles ont été actifs pendant cette même période et ultérieurement », écrivent les chercheurs.
Bien que la taille et l’influence de l’ISSOM restent inférieures à celles de ses rivaux chebabs en Somalie, son emplacement à l’extrémité peu peuplée du Pount donne au groupe suffisamment d’espace pour agir essentiellement sans entrave, selon les analystes du Crisis Group.
Les chercheurs du Crisis Group écrivent : « Le rôle de Daech-Somalie en tant que plateforme financière régionale a été crucial pour permettre au groupe d’élargir ses opérations sur le continent. Cela dit, la menace posée par Daech-Somalie, en Somalie et dans la région, provient davantage de son ambition future que de sa capacité actuelle. »