Lorsqu’Ahmed al-Mansour, sultan du Maroc, a envahi le vaste Empire songhaï au Sud en 1591, ses trois à quatre mille soldats ont affronté une armée dix fois plus nombreuse.
Mais les troupes du sultan avaient un avantage technologique : la poudre noire. Les deux belligérants se rencontrent à la bataille de Tondibi, où les lances et les flèches des armées songhaïs ne peuvent résister aux Marocains et à leurs fusils tirés à l’épaule, primitifs mais létaux. Les soldats du sultan gagnent la bataille, ainsi que la guerre qui se prolonge au cours des mois suivants. Cette guerre est reconnue aujourd’hui comme la fin de l’empire et un tournant majeur dans l’histoire de l’Afrique de l’Ouest.
Depuis les années 1400, l’Empire songhaï situé là où se trouvent aujourd’hui le Mali et le Niger est la puissance dominante en Afrique de l’Ouest, en contrôlant les routes commerciales cruciales telles que celles empruntées par les caravanes du Sahara. L’empire est centré sur le fleuve Niger, axe commercial d’Afrique de l’Ouest, et inclut des villes majeures telles que Gao et Tombouctou. C’est une plateforme commerciale clé pour les biens transportés entre l’Afrique et l’Europe, notamment l’or, le sel, les esclaves, le textile et la noix de kola. Mais vers la fin des années 1500, il est submergé par des rébellions régionales et des guerres civiles et commence à se désintégrer à la périphérie. Des désaccords au sein de la famille régnante menacent de diviser l’empire. Le royaume n’est plus une forteresse.
En Afrique du Nord, le sultan al-Mansour est le chef de la dynastie saadienne. Il avait pris le pouvoir après avoir remporté une bataille contre le Portugal en 1578. Mais son empire est limité et sa trésorerie manque de fonds. Il nécessite de nouvelles sources de richesse pour maintenir ses armées et rester au pouvoir, mais la plupart des zones d’expansion possibles sont déjà gouvernées par l’Empire ottoman. Il considère plutôt le Sud et la région du Niger, que l’on dit être riche en or. Bien que l’Empire songhaï ne produise plus d’or, il contrôle toujours les routes du commerce de l’or. C’est un choix évident pour les plans de conquête du sultan.
Le sultan envoie ses troupes au Sud dans ce qui s’appelle aujourd’hui le Niger. L’armée marocaine doit d’abord traverser le Sahara, périple qui prend plusieurs mois et provoque un grand nombre de pertes parmi les soldats et les bêtes de somme. Lorsqu’ils arrivent enfin dans le territoire songhaï, le souverain Askia Ishaq II de l’empire mobilise son armée, estimée à 30.000 fantassins et 10.000 cavaliers.
L’arme principale des Marocains est l’arquebuse, fusil primitif et précurseur rudimentaire du mousquet. Il est plus létal que les arcs et les flèches et plus précis que les anciens canons à main.
Les Songhaïs lancent une énorme attaque frontale et conduisent 1.000 bovins dans la bataille pour déstabiliser les forces marocaines. Mais le bruit de la fusillade marocaine terrifie les animaux qui se retournent et se ruent contre les Songhaïs. La bataille de Tondibi aboutit à une catastrophe pour les Songhaïs.
Au cours des mois suivants, les forces marocaines avancent et les forces songhaïs battent en retraite. Le sultan capture Gao, Tombouctou et Djenné, les centres de l’empire. Mais l’empire n’a pas une mort rapide ; sa classe dirigeante continue à résister, ce qui fragmente la région. Les troupes marocaines, coupées de leur capitale de Marrakech, commencent à se mutiner et se disperser, en s’implantant même dans leurs terres nouvellement conquises et épousant des femmes indigènes. Elles forment une nouvelle classe militaire qui gouverne certaines régions de la vallée du Niger pendant plusieurs décennies.
L’invasion marque la fin de l’Empire songhaï mais elle ne peut pas être considérée comme un succès complet pour le sultan. L’or anticipé est dispersé entre les marchands européens. Le sultan ne contrôle que quelques fragments de l’ancien empire. La logistique nécessaire pour contrôler un vaste territoire à travers le Sahara se révèle être une entreprise impossible et le Maroc perd le contrôle des villes songhaïs au cours des années suivantes.
L’effondrement de l’Empire songhaï marque la fin de la longue ère des grands empires du Sahel, indiquant la difficulté liée au contrôle de toute région qui inclut l’immensité du Sahara. Il change les modes de commerce mondial en altérant de façon permanente les structures de pouvoir en Afrique.
