Les navires appartenant à la Chine continuent à menacer les pêches et les moyens de subsistance dans les eaux ghanéennes, malgré les succès de la répression du Ghana contre les transbordements en mer, qui sont un type de pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) appelé localement le saiko. Une nouvelle enquête a découvert que les chalutiers industriels chinois au Ghana modifient leurs filets pour cibler délibérément et systématiquement les petits poissons juvéniles.
En attrapant ces poissons trop petits, les chalutiers menacent la durabilité des populations marines dans les écosystèmes de la région, ce qui met en péril les moyens de subsistance des communautés qui dépendent de la pêche pour survivre. En congelant les petits poissons en bloc et en les vendant aux pêcheurs locaux, les sociétés chinoises ont créé une source de revenu secondaire.
Dans un rapport du 4 février, l’Environmental Justice Foundation (EJF) estime que jusqu’à 60 % des poissons attrapés par les chalutiers sont des poissons pélagiques sous-dimensionnés, plus faciles à pêcher que les espèces en eau profonde.
« L’emploi de l’équipement de pêche illégal par les chalutiers conduit à une grande quantité de prises incidentes, appelées localement des poissons “logo” : poissons juvéniles et sous-dimensionnés, notamment les petits poissons pélagiques tels que la sardinelle et le maquereau blanc, et les espèces possédant une valeur commerciale faible ou inexistante qui sont jetées ou vendues aux communautés du littoral pour gagner de l’argent », selon le rapport.
Seuls les pêcheurs artisanaux sont autorisés à attraper les poissons pélagiques en pleine mer dans les eaux ghanéennes. Dans son enquête de l’industrie de pêche du pays, la fondation signale qu’environ 90 % de la flotte de chalutiers industriels appartient à des sociétés chinoises utilisant des entreprises locales de « façade » pour se faire enregistrer au Ghana et contourner les lois. À mesure que ces gros navires commerciaux continuent la pêche du « logo », ils privent de revenus les communautés de pêche locales. Selon la fondation, les revenus annuels moyens des plus de 100.000 pêcheurs artisanaux du Ghana ont chuté jusqu’à 40 % par pirogue au cours des 15 dernières années, plus ou moins.
La Chine régit la flotte de pêche en eaux distantes la plus vaste du monde ; elle est aussi, de loin, le pire contrevenant mondial de la pêche illégale, selon l’indice de risque de pêche INN. Parmi les dix premières sociétés mondiales engagées dans le chalut de fond, huit sont chinoises. La pratique consiste à faire traîner un énorme filet sur le sol océanique et ramasser sans distinction tous les types d’espèces marines. Cette pratique tue les poissons juvéniles en réduisant les stocks de poissons, et détruit les écosystèmes cruciaux pour la survie des espèces.
Les opérateurs des chalutiers chinois ont intégré le commerce des blocs congelés de logo dans leur modèle commercial pour maximiser les profits, déclare Steve Trent, président-directeur général et fondateur de l’EJF.
Il écrit dans un article du 9 février pour le site web d’Oceanographic Magazine : « Alors que les transbordements en mer se sont essentiellement arrêtés, les blocs de poissons congelés continuent à être achetés auprès des chalutiers dans les ports. Cette extraction systématique accélère l’effondrement des pêches des petits poissons pélagiques au Ghana, ce qui sape les moyens de subsistance artisanaux, fait augmenter le prix local des poissons et intensifie l’inégalité dans les communautés du littoral. »
« Pour aggraver les choses, un pourcentage important des profits semble être destiné aux propriétaires bénéficiaires étrangers, principalement chinois, ce qui prive d’argent l’économie ghanéenne à une époque où les crises sociales et écologiques sont en hausse. »
Au cours de son enquête, la fondation a interviewé 58 membres d’équipage de chalutier et 87 personnes engagées dans la pêche, la transformation et la vente des poissons. Elle a découvert que 70 % des membres d’équipage interrogés avaient admis de pêcher avec un filet altéré pour empêcher les petits poissons pélagiques de s’échapper et pour maximiser la prise incidente.
Elle a aussi estimé que 53 à 60,5 % de tous les poissons attrapés par les chalutiers sont des prises incidentes, ce qui dépasse de loin les 15 % de pêche incidente autorisés par le gouvernement du Ghana.
Le président ghanéen John Mahama a promis que les choses s’amélioreraient lorsqu’il a signé la Loi sur les pêches et l’aquaculture le 21 novembre 2025. Cette loi a agrandi la zone exclusive côtière réservée pour les pêcheurs artisanaux de 6 à 12 milles marins.
Il a dit dans un discours à Accra : « Cette zone servira de sanctuaire pour restaurer les stocks de poissons, protéger la biodiversité et assurer un équilibre écologique à long terme pour notre océan. » Il a ajouté que la stratégie nationale de l’économie des océans du pays serait « construite sur six piliers cruciaux : richesse des océans, santé des océans, connaissance des océans, finances des océans, équité des océans, sûreté et sécurité des océans ».
Emmanuel Arthur, secrétaire du chef traditionnel des pêcheurs dans la localité d’Apam sur la côte, déclare que cette loi, si elle est mise en œuvre efficacement, offrira aux écosystèmes marins et aux communautés comme la sienne l’opportunité de reconstruire.
« Que tout le monde reste calme et reprenne les anciennes pratiques de pêche que nos aïeuls utilisaient … ce qu’ils utilisaient pour nourrir leurs enfants, pour que nous puissions tous soutenir l’interdiction du saiko, dit-il à la fondation. Les gens de la communauté peuvent mener des vies normales sans le saiko. Ils peuvent suivre leurs pratiques de pêche normales sans aucun contretemps ni problème. »
