La guerre de la Russie en Ukraine a épuisé les entrepôts d’armes du pays, notamment les armes destinées à l’exportation vers l’Afrique. La Chine comble ce vide en fournissant des armements à bas prix aux pays qui ont des antécédents de violation des droits de l’homme et autres.
En 2024, la Chine a devancé la Russie comme premier exportateur d’armements vers l’Afrique subsaharienne. L’Armée populaire de libération (APL) et les sociétés de sécurité privées chinoises facilitent l’importation des armes. Les accords avec la Chine ne sont pas régis par la Réglementation américaine sur le trafic d’armes au niveau international et on sait que la Chine inclut des armements pour faciliter d’autres accords ou améliorer les relations diplomatiques et commerciales lorsqu’elle acquiert de nouveaux alliés ou accroît son influence.
Alessandro Arduino, associé de recherche au Royal United Services Institute du Royaume-Uni, déclare que la Chine remanie son « rôle de plus en plus important d’agent de la sécurité ».
Katarina Djokic, chercheuse du programme des transferts d’armes à l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, dit que la Chine est maintenant responsable pour 26 % des importations d’armes en Afrique de l’Ouest.
« Les exportations chinoises vers les états d’Afrique de l’Ouest sont généralement en hausse ; entre 2020 et 2024, elles ont atteint leur plus haut niveau jamais enregistré », déclare Mme Djokic au South China Morning Post. Elle note que la hausse des ventes d’armes chinoises au Burkina Faso et au Mali a été constatée après les coups d’État récents, « mais elle concerne aussi les conflits dans ces pays et le fait qu’ils achètent des armes plus que jamais ».
Au Mali, les armes chinoises tombent entre les mains des forces armées maliennes et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), une organisation terroriste. Ceci perpétue un conflit qui a commencé en 2017. Des vidéos de propagande et des films produits par le groupe terroriste montrent des stocks d’armes importants provenant de la China North Industries Corp. Ltd. (Norinco), notamment des mitrailleuses, des fusils d’assaut et des lance-roquettes équipés de projectiles antichar hautement explosifs, selon le groupe de réflexion Jamestown Foundation.
Les armements chinois sont utilisés depuis des années dans les zones de conflit du continent, notamment en Éthiopie, au Nigeria, en République démocratique du Congo (RDC), au Soudan et au Soudan du Sud. En RDC, les armes chinoises se retrouvent entre les mains des combattants du M23 qui veulent renverser le gouvernement de Kinshasa. Au cours des dernières années, le Rwanda sur la frontière orientale de la RDC a aussi acheté des systèmes d’artillerie et autres fabriqués par Norinco, le plus grand fournisseur d’armes chinois, et par d’autres sociétés chinoises.
En 2019, le Nigeria a conclu un accord de 152 millions de dollars avec Norinco pour obtenir des armes nécessitées dans sa lutte contre Boko Haram. Certains analystes affirment que les armes chinoises ont une qualité et une fiabilité inférieures mais le matériel chinois est devenu caractéristique de la réponse nigériane de contre-terrorisme. Norinco a aujourd’hui des bureaux en Afrique du Sud, en Angola, au Nigeria et au Sénégal.
« De façon peut-être plus importante que les ventes d’armes, on note l’attention accordée par la Chine à l’entraînement du personnel militaire africain, la conduite des activités militaires conjointes telles que l’exercice naval Brics Plus qui a eu lieu récemment en Afrique du Sud, et l’enrôlement du soutien africain pour son initiative globale de la sécurité », déclare David Shinn, professeur à l’Elliott School of International Affairs de l’université George-Washington au South China Morning Post.
Le professeur Shinn ajoute que, contrairement à la Russie ou aux États-Unis, « la relation de sécurité de la Chine évite le soutien militaire cinétique ». Le peu d’intérêt démontré par Pékin pour participer aux combats limite sa capacité de réponse à certaines demandes de sécurité, dit-il.
