Les pays africains sont les chefs de file mondiaux de l’emploi de l’argent mobile. Pourtant, la faiblesse de la réglementation et les mauvaises connaissances du numérique rendent les utilisateurs exposés aux abus des escrocs en ligne et autres criminels, selon les experts.
Au total, les utilisateurs africains du mobile détenaient en date de 2024 plus de 1,1 milliard de comptes d’argent mobile parmi les 2,1 milliards de comptes existant dans le monde, selon un rapport récent de la GSM Association (GSMA), organisation commerciale représentant les intérêts des opérateurs de téléphonie mobile.
Sur l’ensemble du continent, les utilisateurs d’argent mobile ont conduit près de 900 milliards de transactions en 2024. L’Afrique subsaharienne est devenue la principale utilisatrice mondiale des finances mobiles, responsable pour 74 % de toutes les transactions d’argent mobile en 2024, bien que le pourcentage de sa population en ligne soit inférieur à 40 %.
L’Afrique de l’Ouest avait près de 500 millions d’utilisateurs, suivie de près par l’Afrique de l’Est. Ces deux régions ensemble ont conduit un billion de dollars de transactions financières mobiles. Le centre, le Nord et le Sud de l’Afrique ont généré collectivement 99 milliards de transactions, selon la GSMA.
Alors même que les Africains adoptent les monnaies numériques, par exemple l’eNaira au Nigeria, les gouvernements ont des difficultés pour devancer les criminels en ligne qui utilisent des méthodes de plus en plus sophistiquées et la technologie IA pour ouvrir une brèche dans les systèmes financiers numériques et dérober l’argent des usagers.
Les chercheurs estiment que les criminels en ligne détournent 4 milliards de dollars par an de l’économie africaine. Le Kenya, où 70 % des habitants emploient diverses formes de monnaie numérique, a perdu selon des estimations 883 millions de dollars au profit des voleurs en ligne en 2023.
« La cybersécurité n’est pas seulement un problème technique ; elle est devenue un pilier fondamental de stabilité, de paix et de développement durable en Afrique », a déclaré Jalel Chelba, directeur exécutif par intérim d’Afripol, après la publication du rapport 2025 d’Interpol sur l’évaluation des cybermenaces en Afrique.
Afripol et Interpol ont collaboré pour perturber toute une gamme d’entreprises criminelles en ligne, dont beaucoup incluent des acteurs étrangers, chinois ou autres.
Plusieurs pays africains ont été loués au cours des dernières années pour leurs efforts en vue de protéger leurs habitants contre les prédateurs en ligne. L’index de réglementation d’argent mobile, autre rapport de la GSMA, déclare que le Ghana, le Lesotho et le Malawi sont en tête des pays du continent pour leur réglementation des réseaux d’argent mobile.
Malgré ces exemples de progrès individuels, les tentatives des pays africains visant à réaliser la sécurité collective en ligne restent inachevées. La Convention de l’Union africaine sur la cybersécurité et la protection des données personnelles, appelée couramment convention de Malabo, est entrée en vigueur en 2023 mais a recueilli la signature de seulement 15 des 54 pays du continent, ce qui la rend essentiellement inopérante.
Entre-temps, l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Ghana, le Kenya, le Maroc, le Nigeria et le Soudan du Sud continuent à repousser des millions de cyberattaques chaque jour. Si l’une de ces attaques réussit à induire quelqu’un à ouvrir un e-mail malveillant, les résultats pourraient être dévastateurs.
L’autorité des communications du Kenya signale que le pays a recensé 2,5 milliards d’incidents de cybermenace au premier trimestre 2025, plus du triple de l’augmentation enregistrée au trimestre précédent. Les autorités kényanes estiment que les cyberattaques font perdre au pays jusqu’à 3,6 % de son produit national brut (PNB) chaque année.
En 2024, une cyberattaque contre la Banque d’Ouganda lui a fait perdre près de 17 millions de dollars sous forme de dépôts volés.
Les analystes de la cybersécurité déclarent que l’approche fragmentaire des pays africains au vol en ligne rend le continent vulnérable aux attaques qui peuvent paralyser la confiance dans les systèmes bancaires mobiles et endommager la croissance économique.
Le continent ne peut pas profiter pleinement de la numérisation sans une sécurité à toute épreuve contre les cybercriminels, selon Ewan Sutherland du LINK Centre à l’université du Witwatersrand (Afrique du Sud).
Il a récemment déclaré sur le site web World Finance : « La complexité et la fluidité des cyberattaques signifient que l’Afrique nécessite des mesures urgentes et coordonnées pour affronter le problème. L’Afrique doit réaliser qu’une dépendance envers la communauté internationale est une intervention palliative. À la longue, les gouvernements doivent prendre l’initiative pour perturber les réseaux de cybercriminalité. »
