Africa Defense Forum

Une loi controversée du Faso envoie les critiques de la junte en première ligne de la guerre

PERSONNEL D’ADF

Les forces de sécurité en vêtements civils ont enlevé Daouda Diallo, défenseur proéminent des droits de l’homme du Burkina Faso, le 1er décembre alors qu’il renouvelait son passeport à Ouagadougou, la capitale du pays.

Trois jours plus tard, sa photo le montrant avec une arme et portant des vêtements militaires a fait le tour des réseaux sociaux.

Au début novembre, les forces de sécurité du Faso ont tiré profit d’une loi controversée concernant la mobilisation générale pour combattre les groupes armés. Cette loi permet aux autorités de sanctionner et réduire au silence les membres de la société civile et les défenseurs des droits de l’homme qui critiquent la junte militaire dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré, selon Amnesty International.

M. Diallo, âgé de 40 ans, s’est exprimé contre la loi, qui vise à créer un « cadre juridique pour toutes les actions » qui seront prises contre les insurgés et donne au capitaine Traoré des pouvoirs étendus pour contrer l’insurrection, notamment la limitation des libertés civiles et le réquisitionnement des gens.

M. Diallo, gagnant du prix Martin Ennals pour la défense des droits de l’homme en 2022, est bien connu pour dénoncer les abus des forces gouvernementales de sécurité et pour exiger leur responsabilisation.

« Le simple fait de démontrer une indépendance de position est suffisant pour être enrôlé », déclare Ousmane Diallo, chercheur avec Amnesty International au Burkina Faso, à l’Associated Press. « En ce moment, les activistes de la société civile, les défenseurs des droits de l’homme et même les chefs des partis politiques d’opposition n’osent pas exprimer librement leurs opinions parce que ce décret est utilisé pour réduire au silence et pour intimider toutes les voix indépendantes. »

Le groupe civique Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés, fondé par Daouda Diallo, déclare que son bien-être pourrait être en danger et fait appel à sa libération « immédiate et inconditionnelle ».

« Le gouvernement du Burkina Faso ne devrait pas combattre une insurrection en enrôlant abusivement les activistes et les journalistes pour les réduire au silence », déclare Ilaria Allegrozzi, chercheuse principale pour le Sahel chez Human Rights Watch, sur le site web de l’organisation.

Daouda Diallo est l’un d’environ une douzaine d’activistes de la société civile, journalistes et membres des partis d’opposition qui ont été informés de leur enrôlement par les autorités.

« Il n’est pas surprenant que ce fut pendant la nuit de samedi à dimanche, 5 novembre, que j’ai appris que je faisais partie d’une liste de personnes réquisitionnées pour le front militaire », a déclaré Ladji Bama, journaliste enquêteur opposé aux enrôlements forcés, à Deutsche Welle (DW).

M. Bama, éditeur-fondateur du site web d’actualité du Faso Bam Yinga, et Issaka Lingani, qui apparaît fréquemment sur le programme « Presse Echos » de la chaîne de télévision BFI, ont été ordonnés de servir pendant trois mois dans les forces armées pour combattre le terrorisme, en vertu de la politique d’enrôlement, selon Reporters sans frontières
(RSF).

On signale que M. Lingani est entré dans la clandestinité alors que M. Bama était sorti du pays plusieurs mois auparavant, à cause des menaces émises par les putschistes et leurs sympathisants, selon la
Media Foundation for West Africa.

Sadibou Marong, directeur du bureau d’Afrique subsaharienne des RSF, a demandé aux autorités de révoquer ces ordres.

« Enrôler par la force deux journalistes qui critiquent le gouvernement pour aller se battre dans les forces armées constitue une nouvelle attaque contre la liberté de la presse au Burkina Faso, déclare M. Marong. Nous condamnons ces ordres d’enrôlement extrêmement injustes et font appel aux autorités du Faso pour qu’ils soient immédiatement révoqués. »

M. Lingani, âgé de 64 ans, a déclaré à DW que la politique d’enrôlement est impopulaire à cause de la perception d’abus.

« Il est vraiment regrettable que les autorités considèrent qu’envoyer les gens au front est une façon de les punir, dit-il. Ceci déprécie réellement la noble signification de la guerre. Se battre pour son pays ne devrait pas être une sanction, cela devrait être volontaire. »

Les activistes et bloggeurs Rasmané Zinaba et Bassirou Badjo du mouvement Balai citoyen ont aussi combattu leurs ordres d’enrôlement.

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