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Les terroristes font la guerre à l’éducation dans le Sahel

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PERSONNEL D’ADF

Parfois, tout commence avec des menaces violentes écrites sous forme de graffiti sur les murs d’une école.

Lorsque des extrémistes lourdement armés arrivent en moto, la terreur les accompagne : ils tirent sur les enseignants, les enlèvent, les violent. Certains sont exécutés devant les enfants. Les écoles sont incendiées, certaines ne sont pas réparables.

Les extrémistes violents du Sahel font la guerre à l’éducation. Leurs cibles ne sont pas seulement les enseignants et les enfants, c’est le tissu de la société.

« Prendre les écoles pour cible est une stratégie cruciale pour les groupes extrémistes militants, car les écoles sont souvent le seul symbole de la présence de l’état dans les villages éloignés et enseignent des valeurs qui sont opposées à l’idéologie des extrémistes », écrit la journaliste des données Marie Toulemonde dans un article du 4 mai dans le magazine The Africa Report.

En 2020 et 2021, plus de 1.000 écoles au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont été prises pour cible par des raids armés menés par les organisations extrémistes violentes.

Selon les recherches de Mme Toulemonde, près de 9.000 écoles dans les trois pays ont fermé leurs portes au cours des quatre dernières années (2019 à 2022) en affectant plus de 1,6 million d’enfants.

Le Burkina Faso est l’un des plus touchés avec près de la moitié des écoles fermées en Afrique centrale et Afrique de l’Ouest.

La fermeture des écoles y a augmenté de 40 % depuis la fin de la dernière année scolaire. Une école sur quatre a fermé ses portes au cours des quatre dernières années, affectant plus de 1 million d’enfants.

Depuis septembre 2022, au moins huit enseignants ont été assassinés, surtout dans des zones rurales contrôlées par les extrémistes.

Dans la ville de Pama, région de l’Est, sujette à un blocus, seulement deux des huit écoles fonctionnent. Six enseignants et une poignée de bénévoles servent plus de 1.000 enfants à Pama.

Un enseignant a déclaré au Conseil norvégien des réfugiés (NRC) : « Pour ceux d’entre nous qui sont toujours ici, rester est une décision très personnelle. L’éducation est un droit universel, donc nous pensons que notre devoir exige que nous continuions. Mais la peur ne disparaît pas facilement. »

« Souvent, nous devons interrompre la classe parce que nous écoutons des coups de feu ici et là. Les menaces sont fortes et les conditions sont difficiles, mais nous pouvons et devons relever les défis pour aider les enfants qui ne voulaient jamais être mis dans cette situation. »

Hassane Hamadou, le directeur de pays de NRC au Burkina Faso, déclare que 31.000 enseignants ont été affectés, notamment 6.300 qui ont été envoyés dans des écoles avec un grand nombre d’élèves déplacés internes.

Même les bonnes nouvelles ne sont pas idéales, déclare-t-il. Bien que 300 écoles aient rouvert leurs portes ou aient été relocalisées depuis janvier, le Burkina Faso affronte certainement une crise de l’éducation.

« Seulement un quart des enfants environ qui ont perdu leur école ont de nouvelles salles de classe. La majorité est laissée sans accès à l’éducation, ce qui les prive de leur enfance ou d’une chance de devenir des adultes et citoyens indépendants. »

Au Mali, une école sur cinq a fermé ses portes. L’ONU déclare que 1.664 ont fermé au cours des quatre dernières années, ce qui laisse 500.000 élèves sans éducation.

Plus de 700 écoles ont fermé leurs portes au Niger, affectant près de 75.000 enfants. La plupart sont dans la région de Tillabéri adjacente à la zone du Liptako-Gourma, ou zone des trois frontières entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso où les combattants de l’État islamique ont une forte présence.

Les fermetures d’école sont une menace dévastatrice pour la région du Sahel, où l’Unicef a signalé en 2020 que « plus de 8 millions d’enfants de 6 à 14 ans ne vont [pas] à l’école, soit près de 55 % de cette tranche d’âge ».

Les experts déclarent que le danger d’une génération perdue au Sahel est réel, et que même l’abandon temporaire des études a des conséquences désastreuses pour l’avenir des enfants et de leur pays.

La destruction des écoles non seulement exacerbe les problèmes économiques et structurels fondamentaux, mais elle est aussi un facteur crucial de recrutement pour les groupes terroristes.

« Alors que de plus en plus d’enfants sont privés d’éducation, ils sont incapables d’étudier plus pour avoir accès à des emplois stables et professionnels, ce qui les rend vulnérables à l’attrait des groupes extrémistes », écrit Mme Toulemonde.

Les défenseurs des droits tels que le NRC font appel à une action urgente.

« Plus la situation traîne, plus elle devient grave, et plus il sera difficile d’inverser cette tendance et protéger leur futur », déclare M. Hamadou.

« Les autorités du Burkina Faso ainsi que les organisations humanitaires et de développement doivent renouveler de toute urgence leurs efforts pour arrêter cette hémorragie de l’éducation. »

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