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Le Major-Général Molefi Seikano Du Botswana Déclare Que La Pertinence Des Forces Armées Est Liée À La Satisfaction Des Gens Qu’elles Servent

PERSONNEL D’ADF

Le major-général Molefi Seikano est le commandant du Commandement de la force terrestre pour les Forces de défense du Botswana (BDF). Il rejoint les BDF en 1985 et s’engage comme volontaire dans l’unité des forces spéciales, où il tient plusieurs postes. En juin 2015, il est nommé commandant du Commandement de la force terrestre. Le général Seikano s’est entretenu avec ADF à la fin de la Conférence au sommet des forces terrestres africaines à Gaborone (Botswana) le 27 juin 2019. Cette interview a été modifiée pour l’adapter à ce format.

ADF : Pouvez-vous résumer brièvement votre carrière dans les BDF, en soulignant notamment les déploiements que vous avez préférés, avant de devenir le commandant du Commandement de la force terrestre des BDF ?

GÉNÉRAL SEIKANO : J’ai rejoint les forces armées le 22 août 1985 comme élève officier. Ensuite, vers la fin de ma formation d’officier, je me suis porté volontaire pour rejoindre l’unité des forces spéciales. Je suis resté dans les forces spéciales de 1986 à 2007. J’ai été nommé à presque toutes les affectations des forces spéciales, notamment commandant de troupe, commandant d’équipe, commandant de l’unité de commando, et à un certain moment commandant de groupe des forces spéciales. En 2008, j’ai été promu au grade de colonel, puis j’ai été nommé commandant adjoint du groupe de la brigade 1. J’ai accepté le poste de commandant de brigade adjoint, puis j’ai finalement été nommé commandant de brigade de ce groupe de brigade. Par la suite, j’ai été transféré à la région Nord du Botswana, où est situé le groupe de brigade 2, et j’ai été nommé commandant du groupe de brigade 2. Ensuite, j’ai participé aux opérations spéciales dans la région Nord du pays comme commandant du groupe de brigade 2. Après cela, j’ai été nommé commandant du Commandement de la force terrestre le 1er juin 2015.

ADF : Qu’est-ce qui vous a poussé à faire carrière dans les forces armées ?

GÉNÉRAL SEIKANO : Tout a commencé en 1978 ou 1979. L’orchestre des Forces de défense du Botswana est venu dans mon village. L’annonce de cette arrivée s’est propagée comme une traînée de poudre ; j’étais parmi ceux qui l’ont appris et j’avais l’âge de les suivre dans le village alors qu’ils jouaient et qu’ils défilaient. Ils sont finalement venus dans la Kgotla principale [centre du village où ont lieu les réunions publiques et où le chef parle à ses sujets]. Depuis lors, j’ai su sans aucun doute que c’était ce que je voulais faire. C’est à partir de ce jour-là que je me suis décidé ; même lorsque je faisais mes études secondaires, je savais que, lorsque le moment viendrait de décider de ma carrière, j’irais rejoindre les forces armées. J’avais le sentiment d’être l’un de ceux qui peuvent se sacrifier pour défendre la patrie. Pour moi-même, je voulais être le meilleur qui soit et être prêt à me battre pour mon pays, à défendre mon pays.

Un soldat des Forces de défense du Botswana aide à sécuriser la zone autour d’un avion lors d’une simulation de détournement en juillet 2019. SERGENT D’ÉTAT-MAJOR MARY JUNELL/ARMÉE DE TERRE DES ÉTATS-UNIS

ADF : Le Botswana a la chance d’être un pays en paix, au niveau national et avec ses voisins. Ceci dit, quel est le plus grand défi qu’affrontent les BDF aujourd’hui ?

GÉNÉRAL SEIKANO : Le plus grand défi en ce moment consiste à satisfaire nos clients avec les opérations qu’ils nous demandent de conduire. Parce que les forces armées peuvent rester pertinentes seulement si leurs clients, le peuple qui les a créées, sont heureux de la conduite de leurs opérations ou des missions qu’il leur est demandé d’accomplir. Donc, en ce moment, nous sommes principalement engagés dans des opérations de frontière et des opérations anti-braconnage. Nous accomplissons cela, mais nous faisons face à un défi car des éléments étrangers pénètrent au Botswana pour braconner, et d’autres y viennent en tant qu’immigrants sans papier à cause de la faiblesse de quelques pays voisins. Certains viennent au Botswana parce qu’ils le considèrent comme une terre promise où ils peuvent rester inaperçus pour pouvoir travailler et gagner leur vie. Mais le défi, c’est le fait que la plupart des états voisins sont dans une situation difficile ou manquent de moyens pour surveiller efficacement leurs frontières. Lorsqu’un pays ne peut pas vraiment surveiller ses frontières, cela veut dire que les braconniers y viennent, parce que le Botswana possède le tiers de la population d’éléphants africains, il possède les grands félins et d’autres espèces. Dans les pays voisins, l’un de nos anciens commandants avait un jour invité d’autres commandants des forces armées pour organiser un forum afin d’essayer de les convaincre de faire participer leurs troupes à la lutte contre le braconnage.

ADF : Au cours des 25 dernières années, les BDF ont assisté les autorités locales lors de catastrophes naturelles, principalement les inondations. Comment les BDF restent-elles prêtes à intervenir en cas d’inondation ou autres catastrophes naturelles ?

GÉNÉRAL SEIKANO : Les BDF font partie de la gestion des catastrophes nationales. Notre commandant adjoint est membre du comité national de gestion des catastrophes. Sa participation nous aide à savoir comment la nation souhaite traiter les problèmes des catastrophes. Mais à un niveau plus bas de cette structure, nous avons des bureaux de district présidés par un commissaire de district. Les commissaires de district travaillent avec les commandants de groupe de brigade. C’est à ce niveau qu’ils prévoient comment faire face aux catastrophes probables ou qui se produisent fréquemment à certaines époques de l’année. En effet, certaines catastrophes sont saisonnières. Par exemple, les inondations se produisent après de fortes pluies. Les incendies se produisent lorsque la terre devient sèche pendant l’été. En outre, en ce qui concerne la formation, l’an dernier [2018] nous avons organisé un cours de gestion des catastrophes nationales dans notre centre de formation pour la paix. Dans ce centre, certains modules ont été développés pour réunir ensemble toutes les parties prenantes qui sont en général concernées lorsqu’une catastrophe se produit. Elles ont donc participé aux exercices CAX (exercice assisté par ordinateur) dans ce centre de formation pour la paix. Nous avons l’intention de continuer à influencer la façon dont ces exercices sont conduits. Nous pourrons alors utiliser ce plan et le mettre à l’épreuve lors d’un exercice de terrain, un exercice de simulation.

ADF : Les BDF assistent aussi le département de la faune sauvage et des parcs nationaux pour combattre le braconnage. Comment les BDF assistent-elles les efforts anti-braconnage ou conduisent-elles ces efforts ? Et jusqu’à présent, quel a été le succès de ces efforts ?

GÉNÉRAL SEIKANO : La gestion de la faune sauvage dans les parcs nationaux est assurée par le ministère de l’Environnement, de la Faune sauvage et du Tourisme. Mais les BDF ont reçu la mission principale de lutter contre le braconnage. Nous déployons des forces opérationnelles interarmées des BDF dans trois zones pour conduire des opérations frontalières et anti-braconnage. C’est parce que notre mandat consiste avant tout à défendre l’intégrité du territoire. Nous avons aujourd’hui deux brigadiers qui ont joué le rôle de coordinateur national de la lutte contre le braconnage. Auparavant, nous avions aussi des officiers agissant comme coordinateurs BDF anti-braconnage, et le directeur actuel de l’agence pour la faune sauvage est un officier. J’ai aussi assumé le rôle de coordinateur BDF anti-braconnage. Nous avons aujourd’hui des coordinateurs anti-braconnage au niveau national. Quels sont les efforts qui en ont résulté ? Les coordinateurs nationaux, même ceux des BDF à l’époque, coordonnaient les activités anti-braconnage et encourageaient les communautés à partager les informations sur les questions liées au braconnage. En ce moment, nous avons à ce niveau des brigadiers qui sont des coordinateurs anti-braconnage et qui effectuent cette coordination avec un plus grand éventail d’agences. Ils sont chargés de la coordination inter-agences pour lutter contre le braconnage. Cela s’inscrit dans le cadre de notre stratégie SADC LEAP [mise en application des lois et lutte contre le braconnage de la Communauté de développement d’Afrique australe], et de la proposition de stratégie nationale anti-braconnage selon laquelle le braconnage nécessite une approche pangouvernementale.

ADF : Précédemment en 2019, les BDF ont enregistré un succès avec l’inspection conduite par une équipe de spécialistes SADC pour confirmer que les capacités de ressources promises par les BDF étaient disponibles et les BDF étaient préparées à participer aux efforts de soutien de la paix. Pourriez-vous nous parler brièvement de la façon dont les BDF ont conduit ces efforts de préparation pour leur affectation à la Force en attente ?

GÉNÉRAL SEIKANO : Nous avons d’abord participé à un exercice au Malawi. Le commandant de brigade et son état-major ont participé à cet exercice ; il s’agissait d’un exercice du poste de commandement. En plus de cela, nous avons réussi à rénover une partie de notre matériel, notamment les véhicules ACMAT [militaires tactiques] chez nos fournisseurs locaux de services pour véhicules.

De même, nous nous sommes assurés de disposer du matériel de protection nécessaire pour les soldats. Nous l’avons distribué à tous les soldats qui ont été affectés à la tâche. Et bien entendu, il était important de conduire régulièrement des inspections avant l’inspection principale pour m’assurer d’être satisfait de ces inspections. Donc, nous conduisons sans cesse des inspections, jusqu’à ce que les gens sachent vraiment ce que l’on attend d’eux, et jusqu’à ce que cela fasse partie de ce qu’ils font.

ADF : Quels conseils donneriez-vous aux autres pays SADC souhaitant passer avec succès une inspection de la Force en attente ?

GÉNÉRAL SEIKANO : Puisque les chefs de la défense ont accepté le fait que SADC avait atteint sa pleine capacité opérationnelle suite au rapport concernant l’exercice Amani Africa II, ceci veut dire que, pour bien faire les choses, tous les chefs de la défense auraient dû ou devraient commencer leurs préparations pour satisfaire aux exigences de leurs forces, afin qu’ils puissent contribuer les capacités requises pour la Force SADC en attente. Je peux donc dire ici que, du moment que nous avons déclaré que SADC avait atteint sa pleine capacité opérationnelle, ils doivent alors s’assurer de préparer leurs forces et d’essayer d’acquérir le matériel et l’équipement nécessaires à la protection des soldats, ainsi que d’autres équipements qui pourraient être requis, étant donné le scénario 6 concernant la capacité de déploiement rapide de la Force en attente. C’est ce que nous devrions faire et c’est ce que tous les membres SADC devraient faire.

ADF : Quelle est l’importance des événements tels que la Conférence au sommet des forces terrestres africaines pour préparer de façon adéquate le Botswana et ses voisins régionaux à l’ensemble des défis criminels et sécuritaires transnationaux auxquels ils vont sans doute faire face ?

GÉNÉRAL SEIKANO : Le Botswana est aidé par l’amélioration de la coopération avec ses voisins, le développement de nouveaux domaines de coopération avec ses voisins, et le renforcement de la confiance mutuelle avec les voisins. Lorsque nous sommes connectés, et que nous nous faisons confiance, nous pouvons mieux résoudre les problèmes posés par les défis subrégionaux. Nous pouvons mieux résoudre les problèmes d’interopérabilité. Nous pouvons mieux nous engager, et grâce à cet engagement durable avec nos voisins, résoudre les questions concernant la doctrine, parler de la question de la formation et du matériel pour nos opérations de formation, et même réaliser comment nous pouvons partager certaines des installations offertes par certains pays, et même nos zones d’entraînement. Vous voyez que nous avons ici un désert. En Zambie, vous voyez qu’ils ont un terrain différent, un terrain que nous n’avons pas ici. En Afrique du Sud, ils ont l’océan. Nous pouvons donc aller jusqu’à envisager peut-être de former nos forces sur certains de ces terrains. Voici certaines innovations qui peuvent provenir de ces partenariats. Et surtout, la Conférence au sommet permet au Botswana d’obtenir une compréhension vraiment approfondie des questions centrales que se posent certains de nos voisins, et de la façon dont ils y répondent. 

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