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    Home»Actualités du Jour»Les trafiquants de cocaïne prennent pour cible le Sénégal
    Actualités du Jour

    Les trafiquants de cocaïne prennent pour cible le Sénégal

    Le port de Dakar est au centre névralgique du fléau de stupéfiants qui affecte le continent
    ADFBy ADF22 septembre 20265 Mins Read
    Les soldats sénégalais remplissent un sac avec des briques de cocaïne saisies en vue de leur destruction près de la capitale de Dakar. REUTERS
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    Les saisies annuelles de cocaïne en Afrique de l’Ouest sont montées en flèche : elles sont passées de 2 tonnes en 2018 à 30 tonnes en 2025, selon un rapport de la GI-TOC (Global Initiative Against Transnational Organized Crime).

    Le trafic de cocaïne est le marché criminel ouest-africain ayant enregistré la plus forte croissance entre 2019 et 2025. Selon le magazine The Economist, la quantité de cocaïne saisie dans la région augmente de 50 % par an. Le tiers au moins de toute la cocaïne exportée vers l’Europe a traversé l’Afrique de l’Ouest l’an dernier.

    Le général de brigade Maxwell Abuba Mantey, directeur général de la commission ghanéenne de contrôle des narcotiques, a déclaré lors d’un webinaire organisé par la GI-TOC : « Crucialement, l’Afrique de l’Ouest n’est plus un couloir de transit. Nous devenons de plus en plus un marché de toxicomanes et, dans certains cas, un centre de production. »

    Amado Philip de Andrés, représentant régional pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Centre de l’ONUDC (Office des Nations unies pour les drogues et le crime), a déclaré à Deutsche Welle (DW) que la Guinée-Bissau n’est plus « l’avenue principale » de la cocaïne entrant en Afrique de l’Ouest. Il a mentionné les saisies au Cap-Vert, en Côte d’Ivoire, en Gambie, au Liberia et au Sénégal et dit qu’une hausse du trafic de cocaïne avait été observée au Bénin et au Togo.

    Le Sénégal devient une plaque tournante stratégique

    Dans le cadre de cette tendance, le Sénégal est devenu une plaque tournante internationale stratégique du trafic de cocaïne. L’an dernier, les autorités des douanes dans le Sud du Sénégal ont confisqué 390 kg de cocaïne d’une valeur approximative de 52 millions de dollars. Vers la mi-juin, les autorités sénégalaises ont saisi près d’une tonne de cocaïne d’une valeur d’environ 103 millions. La drogue était dissimulée dans un camion transportant des fruits tropicaux près de l’arrondissement d’Ida Mouride dans le centre du pays.

    Dans la ville portuaire de Dakar, qui est la capitale nationale, les agents des douanes inspectent régulièrement les conteneurs expédiés depuis l’Amérique latine, origine d’une grande partie de la cocaïne à destination d’Europe. Mouhamadou Kane, analyste de l’observatoire d’Afrique de l’Ouest de la GI-TOC, déclare que le port de Dakar est le centre névralgique du trafic de cocaïne dans la région. Le port offre des voies terrestres traversant les pays voisins (Guinée, Guinée-Bissau, Mali et Sierra Leone) et des connexions directes aux ports d’Europe.

    « C’est une plaque tournante attrayante pour les réseaux criminels », a-t-il dit au quotidien Le Monde.

    Les réseaux criminels utilisent souvent des conteneurs d’expédition accompagnés de documentation légitime. Après avoir caché la cocaïne à l’intérieur, les conteneurs sont fermés par un sceau falsifié. La drogue est amenée en général au Sénégal sur des bateaux de pêche, des voiliers et des embarcations semi-submersibles.

    Florian Manet, expert international au cabinet Pelagos Stratégie, déclare au Monde : « Les organisations criminelles utilisent le “rebond” africain comme un écran de fumée. Un conteneur en provenance du Sénégal attire moins l’attention des douanes européennes qu’un chargement venu directement d’Amérique latine. »

    Mais une partie de la cocaïne qui arrive au Sénégal reste dans le pays et la toxicomanie locale est un défi pour la santé publique et la sécurité.

    L’économiste sénégalais Mor Gassama déclare à DW : « Le trafic est extrêmement lourd et Dakar reste toujours une zone de transit, même s’il est probable qu’une partie sera consommée sur place. Ce n’est pas une bonne nouvelle, tout d’abord pour la santé de la population, mais aussi parce que cela fait la promotion de la circulation de l’argent illicite. »

    Une innovation criminelle

    Un rapport de la GI-TOC a découvert que l’évolution du rôle de l’Afrique de l’Ouest dans le commerce mondial de la cocaïne était due à plusieurs facteurs : sa situation géographique entre l’Amérique latine et l’Europe ; ses vides de gouvernance ; l’infrastructure maritime, aérienne et autre qui est nécessaire pour transporter les drogues ; des systèmes financiers mal réglementés ; des forces de police focalisées sur d’autres routes de trafic.

    Le commissaire Adama Wélé de la brigade des narcotiques de la région de Dakar déclare au Monde : « Les réseaux font constamment des innovations : lorsqu’une route est surveillée, ils s’adaptent. Les méthodes évoluent aussi très rapidement. Pour contourner les inspections, les trafiquants dissolvent la cocaïne dans l’essence. Grâce à des processus chimiques, ils peuvent ensuite filtrer et sécher la cocaïne pour la récupérer sous forme de poudre. »

    Kingsley Madueke, coordinateur de recherche nigérian à la GI-TOC, déclare que les cargaisons de cocaïne sont livrées le plus souvent en Afrique de l’Ouest par des bateaux de pêche, des remorqueurs et des voiliers. La plupart de la cocaïne provient du Brésil, bien que l’on ait constaté une hausse en provenance de la Guyane et du Surinam depuis 2023.

    « Les envois de plusieurs tonnes provenant d’Amérique latine sont expédiés au large des côtes du Sénégal, de la Sierra Leone et du golfe de Guinée ; ils sont ensuite transbordés sur des vaisseaux plus petits, a dit le Dr Madueke lors d’un webinaire de la GI-TOC. Certains vont [directement] en Europe mais une grande quantité [de cocaïne] est débarquée [sur la] côte d’Afrique de l’Ouest. »

    Les trafiquants transportent de plus en plus la cocaïne dans la région sur des vaisseaux semi-submersibles et des sous-marins. Le transport aérien n’est pas aussi courant mais représente un « afflux régulier et cumulativement important » de la drogue, selon lui.

    « Les vols commerciaux transportent les envois par le biais de passeurs, de bagages et de fret. Bien que les envois individuels restent limités, les volumes annuels peuvent atteindre plusieurs tonnes. L’amélioration des infrastructures d’aéroport a augmenté la connectivité, en créant des vulnérabilités pour le trafic international aussi bien qu’inter-régional. »

    Afrique de l’Ouest Golfe de Guinée Senegal trafic des stupéfiants
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