Lorsque le major-général Al-Nour Ahmed Adam alias « Al-Qubba » a changé de camp au Soudan en quittant les Forces de soutien rapide (FSR) en avril dernier, il a emmené avec lui de nombreuses ressources. Il a remis aux Forces armées soudanaises (FAS) plus de 130 véhicules de combat, un groupe de loyalistes, des renseignements tactiques de haut niveau et ses années d’expérience brutale sur les champs de bataille. C’est l’un de plusieurs commandants FSR de haut rang à être partis récemment pour rejoindre les FAS.
Le général de brigade Ali Rizqallah alias « Al-Safna » a quitté les FSR un mois après le général Al-Qubba. Il avait joué des rôles clés dans les combats du Kordofan et d’El Fasher. Ces désertions et d’autres ont conduit « certains à se demander si la situation pourrait finalement se renverser dans l’une des guerres civiles les plus meurtrières d’Afrique », écrit le chercheur Amgad Fareid Eltayeb pour le magazine Al Mjalla d’Arabie saoudite.
Mohieddin Mohamed Mohieddin, analyste en matière de sécurité et de politique, a déclaré à Sudan Tribune que beaucoup de commandants FSR qui ont changé de camp ont emmené avec eux des forces professionnellement entraînées.
« Les FSR ont commencé à se désintégrer de l’intérieur, dit-il. Le noyau plus dur a disparu. Ceux qui restent sont des éléments mal entraînés qui seront moins efficaces, en particulier dans les offensives. »
La perte des effectifs et des équipements des FSR semble donner du courage aux FAS. Au cours des deux premières semaines du mois de juin, les FAS assurent avoir tué des dizaines de combattants ennemis et détruit 141 véhicules de combat, deux dépôts de munitions, deux entrepôts de matériel militaire, deux sites de stockage de munitions pour drone et l’un des principaux dépôts de carburant des FSR.
Le premier commandant FSR de haut rang ayant abandonné le groupe était Abu Aqla Kaikal. Il est parti en octobre 2024 alors qu’il commandait des forces FSR dans l’État d’Al-Jazirah au centre-est du pays. Trois mois après avoir rejoint les FAS, il a dirigé des opérations militaires pour reprendre la région des mains des FSR.
Les généraux Al-Qubba, Al-Safna et Kaikal sont des Arabes, comme la majorité des combattants FSR et leur chef, le général Mohamed Hamdan Dogolo alias « Hemeti ». Selon le projet ACLED (Armed Conflict Location and Event Data), il y a des signes selon lesquels les alliances entre les FSR et les anciens groupes rebelles non arabes du Nil Bleu et du Kordofan du Sud se fracturent aussi. Les combats internes entre ces factions augmentent depuis octobre 2025.
Le général de brigade Amin Ismail des FAS (à la retraite), aujourd’hui un expert en gestion des crises, déclare au journal Sudan Tribune que les tensions internes des FSR ont augmenté après l’attaque de la zone pastorale Mustaraha au Darfour du Nord par les FSR en février. Cette attaque a pris pour cible le territoire d’un chef proéminent du clan Mahariya. Un grand nombre de commandants FSR sont membres de ce clan, ainsi que les généraux Al-Qubba et Al-Safna.
Le général Ismail déclare que « l’attaque de Mustaraha était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». Il ajoute que les doléances liées aux soins médicaux, aux salaires et au favoritisme démontré aux rivaux des Mahariya ont aussi intensifié le désarroi au sein des FSR. Le général Al-Qubba, un membre fondateur des FSR, est parti lorsque le groupe a désigné un autre candidat au poste de gouverneur du Darfour du Nord.
La guerre continue au milieu de la violence en cours contre les civils et des allégations selon lesquelles les Émirats arabes unis (EAU) fournissent des armes et des mercenaires colombiens aux FSR. Les EAU nient officiellement qu’ils soutiennent la milice FSR dans le conflit soudanais. Toutefois, Human Rights Watch (HRW) a signalé en mai que des centaines de mercenaires colombiens se battaient aux côtés des FSR depuis 2024. Le rapport déclare qu’une agence de recrutement basée en Colombie a travaillé avec le groupe émirien Global Security Services pour engager les combattants, qui ont été entraînés aux EAU.
« Heureusement pour nous, les entrepreneurs colombiens nettoient mal leur présence sur les réseaux sociaux ; nous avons donc pu obtenir beaucoup d’informations affichées publiquement sur leurs comptes TikTok et autres, et nous les avons géolocalisés dans les sites militaires sensibles des EAU avant qu’ils ne soient déployés au Soudan », déclare Joey Shea, chercheur senior de HRW, à l’organisme de presse américain Democracy Now.
En 2025, des sources de renseignement ont déclaré au Wall Street Journal qu’il est probable que les EAU ont aussi envoyé des drones chinois de pointe, des armes de petit calibre, des mitrailleuses lourdes, des véhicules, des pièces d’artillerie et autre matériel aux FSR.
L’analyste en matière de sécurité Cameron Hudson a déclaré au journal : La « seule chose qui maintient [les FSR] dans la guerre est l’énorme quantité de soutien militaire qu’elles reçoivent des EAU. Sans les EAU, la guerre prendrait fin. »
Les deux belligérants sont accusés d’avoir commis des atrocités contre les civils. La commission d’enquête des Nations unies sur le Soudan a signalé le 15 juin que les civils sont de plus en plus détenus arbitrairement et torturés. En outre, les frappes de drone ont tué plus de 880 civils soudanais cette année dans des écoles, des marchés et des hôpitaux.
Mohamed Chande Othman, président de la commission, a déclaré dans un reportage sur le site web de presse AllAfrica : « Les civils continuent à assumer le fardeau accablant de ce conflit. Ils sont soumis non seulement aux attaques directes et à la violence, mais aussi à un système croissant de répression, de détention arbitraire et de peur qui a envahi tous les aspects de la vie. »
