Le département de Bakel dans l’Est du Sénégal est devenu le point focal des efforts gouvernementaux pour empêcher les incursions terroristes provenant du Mali.
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) essaie d’exploiter plusieurs problèmes affectant la région sur les deux rives de la rivière Falémé pour étendre sa portée. Ces problèmes incluent les frontières poreuses, la criminalité et les dommages provoqués par l’extraction aurifère. Mais jusqu’à présent, l’activité transfrontalière du GSIM reste sporadique.
En septembre 2025, les combattants du GSIM ont enlevé six chauffeurs de camion sénégalais pendant 24 heures. L’enlèvement faisait partie de la tentative du groupe visant à asphyxier l’activité économique à Bamako, qui dépend des mouvements de camion depuis les ports du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.
En octobre 2025, des hommes masqués ont bloqué la route reliant Gabou à Sira Mamadou Bocar au Nord de Bakel près de la triple frontière avec le Mali et la Mauritanie. Les hommes ont arrêté les gens voyageant sur la route et ont volé l’argent et les téléphones mobiles.
Au cours des semaines suivantes, d’autres hommes ont attaqué les voyageurs entre Samba Kontaye et Fété Golombi près de la frontière malienne ; ils ont attaqué un véhicule de transports en commun dans la commune de Sadatou au Sud de Bakel, région éloignée sans couverture cellulaire.
Les raids du GSIM dans l’Est du Sénégal ont accru le sentiment général d’insécurité parmi les commerçants, mais sans avoir beaucoup de conséquences sur la population sénégalaise qui rejette en grande mesure la violence et la haine intercommunale, selon le Timbuktu Institute basé à Dakar.
Le gouvernement du Sénégal a aussi fortement investi dans la sécurité de la région frontalière. Le Groupe d’action rapide de surveillance et d’intervention se concentre sur la sécurisation des zones frontalières de Bakel. Une base militaire a été ouverte en 2022 à Goudiry, à environ 70 km de la localité frontalière de Kidira. En 2025, l’armée a conduit pendant une semaine l’exercice « Boundou 2025 » auquel ont participé des unités terrestres, marines et aériennes dans la région.
« De telles manœuvres accommodent la stratégie plus vaste de maillage territorial, qui vise à réduire les inégalités régionales, encourager le développement économique et décentraliser l’administration », a écrit récemment l’analyste Hannah Rae Armstrong de Megatrends Afrika.
Les résidents de l’Est du Sénégal déclarent qu’il y a plus à faire pour améliorer la sécurité de la région. Les frontières poreuses et le trafic informel entre le Sénégal et le Mali ont permis aux terroristes d’infiltrer les secteurs économiques clés tels que l’abattage des arbres et l’extraction minière, selon le Timbuktu Institute.
« La frontière du Sénégal avec le Mali est déjà fortement exploitée par les contrebandiers, et sa géographie la rend plus difficile à sécuriser », ont écrit récemment les chercheurs de l’Institut.
Le vol de bétail a augmenté ; les voleurs dérobent le bétail du Sénégal pour le vendre au Mali, ce qui fait perdre aux éleveurs sénégalais une somme estimée à 3 millions de dollars par an, selon Mme Armstrong.
« Cette vague de criminalité a créé un profond sentiment d’isolement ; les commerçants notent que même les villages voisins semblent inaccessibles à cause des dangers de voyager tout seul. ».
Pour compliquer davantage les choses dans l’Est du Sénégal, une récente ruée vers l’or dans la région de Kédougou a fortement contaminé la Falémé avec des sédiments et des produits chimiques mortels comme l’arsenic, le cyanure et le mercure. Les dommages causés par les opérations d’extraction artisanales aussi bien que chinoises ont bouleversé la vie des résidents locaux qui dépendent de la rivière pour irriguer leurs récoltes et abreuver leurs bêtes. Le gouvernement du Sénégal a interdit l’extraction minière le long de la rivière jusqu’à la mi-2027 pour essayer de réduire la pollution et protéger les résidents. Toutefois, le dragage continue sur le côté malien.
Certains observateurs déclarent que la pauvreté et le sentiment d’isolement dans les communautés riveraines pourraient rendre les résidents de l’Est du Sénégal vulnérables face aux efforts de recrutement des terroristes.
Mahamadi Danfakha, directeur de la station de radio communautaire dans la localité de Saraya, a déclaré à la chaîne allemande DW : « Seulement à quelques kilomètres de la ville de Saraya, vous n’aurez pas d’électricité. Les gens ont l’impression que l’État ferme les yeux sur leurs demandes. »
D’autres tels qu’Amadou Séga Keïta, vice-président du conseil départemental de Kédougou, pensent que la stabilité du Sénégal et sa préférence pour le soufisme modéré plutôt que les courants radicaux de l’Islam le rendent peu attrayant pour les groupes terroristes.
« Les terroristes auront des difficultés pour attirer la population de leur côté », a-t-il dit à DW.
