Askia le Grand gouvernait le plus grand empire de l’histoire d’Afrique de l’Ouest. Vers la fin du 15ème siècle, son empire Songhaï s’étendait de l’océan Atlantique au fleuve appelé aujourd’hui le Niger.
L’un de ses outils d’expansion et de domination était sa marine, chose rare en Afrique à l’époque.
Son nom de naissance est Askia Muhammad al-Turi. Il a montré la voie de l’expansion commerciale de l’Afrique vers l’Europe et l’Asie et, à cause de la volonté de son armée, il a fait de l’islam un élément clé de son régime. Il devient connu sous le nom d’Askia, « l’homme fort », et on l’appelle aujourd’hui « Askia le Grand », troisième souverain de l’empire.
Sa marine est la composante critique de la puissance militaire et commerciale de l’empire, principalement active sur le Niger. Bien qu’elle ne soit pas conçue comme une force militaire véritable, Askia la maintient avec soin et l’utilise stratégiquement. Sa marine utilise le fleuve comme système de défense naturel et élément vital donnant un avantage pour les transports, les communications et le secteur militaire. Un officier de marine commande la flotte qui est basée dans un réseau de ports fluviaux, notamment Gao et Kabara. Des officiels du gouvernement gèrent les ports, supervisent la flotte et contrôlent les droits d’entrée et de sortie. Avec ce système, le contrôle militaire est une composante de la réglementation économique.
La marine emploie des modèles variés de bateaux, notamment de gros cargos appelés kantas, originaires des Sorko, les premiers maîtres du commerce fluvial. Les Sorko utilisaient leurs bateaux pour le transport, la pêche et la chasse. Les récits diffèrent mais on pense que les kantas des Songhaïs pouvaient transporter jusqu’à 30 tonnes, cargaison équivalente à 1.000 hommes ou des centaines de chameaux ou de têtes de bétail. Certaines références historiques déclarent qu’il pouvait même exister des kantas deux fois plus gros. Une telle capacité permet aux Songhaïs de manœuvrer les troupes, l’approvisionnement et les biens efficacement sur le fleuve, ce qui est essentiel pour les campagnes militaires et le commerce.
Askia utilise sa marine pour des campagnes d’expansion terrestres. La flotte peut transporter rapidement les troupes et le soutien logistique, ce qui est crucial pour gouverner de vastes territoires et contrôler les routes commerciales. Les forces militaires de l’empire incluent la cavalerie et des divisions d’infanterie. Cette organisation est critique pour protéger les intérêts commerciaux de l’empire, en particulier le commerce transsaharien de l’or, du sel et des esclaves.
Askia encourage les partenariats parmi les marchands de son empire, protégés par ses forces armées. Il met en œuvre un système universel de poids et mesures dans tout l’empire. L’une de ses premières mesures importantes en tant que souverain est de formaliser le système juridique, en intégrant le droit islamique pour aider à unifier son domaine. L’empire d’Askia évolue en centre pédagogique et attire des érudits, des poètes et des artistes du monde islamique. Les historiens déclarent que ses universités et bibliothèques deviennent des centres du savoir qui rivalisent avec les villes telles que Bagdad et Le Caire.
Il gouverne son vaste territoire grâce à un système administratif hautement organisé. Le gouvernement central désigne des chefs locaux pour assurer la loyauté et la gouvernance efficace. Il divise l’empire en quatre régions et nomme un vice-roi pour gouverner chacune, mais il désigne aussi de nombreux membres de sa famille à son gouvernement. Dans son empire, la plupart des familles proéminentes ont des liens de famille avec lui.
Son règne est onéreux. Ses avancées et la vaste bureaucratie coûtent cher et exigent une nouvelle classe d’aristocrates dont le nombre augmente. À leur tour, ceux-ci s’appuient sur le travail forcé et l’esclavage pour fournir les denrées, l’approvisionnement et les armes. Askia n’hésite pas à employer la force et à exécuter tous ceux qui menacent son autorité.
Il continue à vivre alors qu’il n’est plus capable de gouverner. À mesure qu’il vieillit, il devient aveugle, un fait qu’il cache pendant plusieurs années. Ses fils le renversent et l’exilent dans une île du Niger. Il meurt en 1538 à l’âge de 94 ou 95 ans.
Ses successeurs n’ont pas ses talents d’organisation. Dans les années après sa mort, l’armée et la marine des Songhaï ne suit pas l’évolution de la technologie et ne peuvent pas contrer les menaces externes. La dynastie marocaine des Saadiens envahit en 1591, en utilisant des armes à feu et des pièces d’artillerie qui supplantent les armes obsolètes des Songhaï. Cet écart dans les armes de guerre contribue à la défaite des Songhaï dans la bataille de Tondibi, malgré leur nombre supérieur. Ceci marque la fin de l’empire Songhaï.
Aujourd’hui, on se souvient de l’ère d’Askia comme une époque de gouvernement judicieux et de vaste expansion territoriale. Mais on s’en souvient aussi pour sa marine, force largement dépourvue d’armes qui a néanmoins assuré la domination du gouvernement de l’époque.
