Bien que le Maroc n’ait pas subi d’attaque terroriste majeure depuis plus de dix ans, il demeure une cible des organisations terroristes. En particulier, l’État islamique (Daech) a tourné son attention vers le Maroc pour essayer d’établir des routes d’approvisionnement et propager son influence.
L’emplacement stratégique et la posture agressive antiterroriste du royaume le placent « en première ligne du combat contre le terrorisme transnational », selon Cherkaoui Roudani, professeur marocain spécialisé dans la diplomatie, les relations internationales, la sécurité et la gestion des crises.
Le professeur Roudani, qui est aussi membre du Parlement marocain, écrit pour Modern Diplomacy : « Grâce à une doctrine de défense robuste, la modernisation en cours de ses forces de sécurité et une coopération internationale étroite, le Maroc est devenu un vrai acteur mondial de la sécurité. Ironiquement, c’est son efficacité-même dans les domaines du renseignement et de la sécurité des frontières qui en fait une cible de choix pour ceux qui souhaitent déstabiliser l’équilibre régional. »
Le Maroc, en travaillant aux côtés des services de sécurité de la France, de l’Espagne et des États-Unis, a démantelé plus de 200 cellules terroristes depuis 2002, selon lui. Un grand nombre de ces cellules étaient liées aux réseaux extrémistes actifs dans les régions du Sahara et du Sahel, et aussi en Irak et en Syrie.
En février, les autorités marocaines ont arrêté douze personnes dans neuf villes, censées être liées à une attaque planifiée par Daech au Sahel (Daech-Sahel).
Pendant cette opération, les autorités ont saisi un dépôt important d’explosifs, d’armes sophistiquées et de documents sensibles dans un centre logistique secret à Errachidia, près de la frontière algérienne. L’organisation est dirigée par le chef des opérations extérieures de Daech au Sahel, qui est soutenu par un groupe de coordinateurs, exécuteurs et facilitateurs logistiques, selon le professeur Roudani.
Les autorités ont aussi découvert un nœud logistique clandestin qui envoie des armes entre le Sahel et le Maroc. On signale que le site utilise des couloirs reliant Gao et Kidal au Mali, par l’intermédiaire d’Arlit au Niger, jusqu’à Tamanrasset en Algérie.
Beverly Ochieng, analyste principale au groupe de consultation de risque géopolitique Control Risks, déclare que la stratégie de Daech semble se concentrer sur l’exploitation des lacunes sécuritaires au-delà du Sahel.
« Daech-Sahel a constaté que son expansion pourrait aller beaucoup plus loin vers l’Ouest et vers le Nord, et que le Maroc serait un lieu qui aurait un intérêt stratégique pour ce faire », déclare-t-elle à Voice of America.
En novembre 2024, le bureau central des investigation judiciaires du Maroc et le commissariat général du renseignement d’Espagne ont démantelé une autre cellule terroriste de Daech. Neuf suspects, actifs dans deux villes marocaines, deux villes espagnoles et l’île d’Ibiza, ont été arrêtés, selon le reportage de Morocco World News. Les suspects sont accusés de promouvoir l’idéologie terroriste, planifier des actes terroristes et chercher à rejoindre les factions de Daech en Afrique subsaharienne. Les autorités ont saisi des armes blanches et du matériel informatique. Ils incluent d’anciens détenus dans des affaires liées au terrorisme en Espagne.
L’approche contre-terroriste du Maroc comporte des projets de coopération économique et d’assistance humanitaire dans les régions vulnérables. Ces projets ont diminué l’attrait des groupes djihadistes dans les communautés marginalisées. Le Maroc a aussi pris pour cible les structures financières des groupes terroristes et a aidé à démanteler des réseaux de financement dans ses provinces du Sud, au Mali et en Mauritanie, selon le professeur Roudani.
La coopération entre le royaume, les alliés occidentaux et les nations sahéliennes a perturbé les filières d’approvisionnement en armes et les réseaux de financement qui soutiennent les opérations djihadistes entre la Libye, le Mali et le Niger.
« Les contrôles frontaliers améliorés, la surveillance aérienne et le partage robuste des renseignements ont considérablement réduit les mouvements des combattants étrangers entre le Maghreb et le Sahel », écrit le professeur.
Le Maroc n’a pas subi d’attaques terroristes majeures l’an dernier. Toutefois, un groupe armé a tué deux bergers dans une forêt de Beni Snous en Algérie occidentale, près de la frontière avec le Maroc, en septembre 2024. Les attaquants ont piégé la scène du crime avec des explosifs en blessant trois soldats qui étaient venus pour récupérer les cadavres. Le groupe n’a pas été identifié mais les médias locaux supposent qu’il est affilié à Al-Qaïda, selon le reportage de la chaîne d’actualité The New Arab.