Dans le secteur de la défense, la menace et la promesse de l’intelligence artificielle sont omniprésentes.
La reconnaissance faciale axée sur l’IA peut identifier un terroriste dans la foule d’une station de train. La surveillance satellitaire habilitée par l’IA peut trouver un repaire d’insurgés dans un vaste désert. La technologie peut localiser un bateau pratiquant la pêche illégale en fonction de ses manœuvres ; elle peut même prédire les pannes des véhicules avant qu’elles ne se produisent. L’aspect de l’IA qui attire peut-être le plus d’attention est l’emploi des armements contrôlés par l’IA pour sélectionner une cible et frapper sans l’intervention d’un opérateur humain.
Étant donné cette explosion de l’IA, le Centre d’études stratégiques de l’Afrique (CESA) a créé une « trousse à outils IA » pour les professionnels africains de la défense. Ce document de 76 pages offre des ressources pour aider les responsables de la sécurité à déterminer comment utiliser au mieux l’IA, comment l’enseigner à leurs équipes, se préparer aux attaques et intégrer la stratégie IA dans les documents de prise de décision, doctrine et planification.
Le Dr Nate Allen, chef de la programmation académique pour les cybermenaces et les technologies stratégiques au CESA, a dirigé le projet. Il dit à ADF que le projet a commencé en 2023 après la publication de ChatGPT et d’un webinaire sur le sujet qui a suscité un grand intérêt de la part des anciens diplômés du CESA qui sont principalement des professionnels de la sécurité sur le continent.
« Nous avons noté une très forte hausse d’intérêt sur l’IA parmi notre communauté d’anciens, déclare-t-il. Nous avons décidé d’étudier cela de façon un peu plus approfondie et … nous voulions que ce soit un effort collectif. »
En avril 2025, le CESA a réuni 15 représentants de 13 pays africains pour un atelier à Washington, D.C., sur la stratégie de l’IA dans le domaine de la sécurité. Les idées, les expériences et les connaissances recueillies lors de cet événement forment le cadre de la trousse à outils, qui a été publiée le 27 février.
Le Dr Allen espère qu’elle comblera une lacune et conduira à la création d’autres documents liés à la stratégie de l’IA et conçus spécifiquement pour l’environnement sécuritaire africain.
« Il existe une énorme quantité de traités, politiques, stratégies et trousses à outils sur l’IA, la sécurité et la défense qui sont écrits selon une perspective mondiale, mais aucun ne se concentre exclusivement sur le continent. Nous avons donc pensé que l’exploitation des expériences africaines et les réflexions sur la façon d’adapter l’IA dans un contexte africain combleraient nécessairement une lacune. »
La trousse à outils inclut 20 études de cas qui montrent comment l’IA est déjà utilisée dans le secteur africain de la défense. Par exemple, la Mauritanie est l’un des seuls pays africains qui aient conçu une stratégie nationale de l’intelligence artificielle avec un focus particulier sur la défense. Le Maroc utilise l’IA pour la maintenance préventive de ses drones. La Zambie utilise l’IA pour combattre la traite humaine en analysant les quantités de données provenant des ports d’entrée, des postes de péage et d’autres sources pour déceler des indications de criminalité.
La trousse à outils offre des conseils sur la « gestion du cycle de vie » de l’IA : définir l’objectif de l’outil au début, développer le logiciel et l’algorithme nécessaires, déployer l’IA, la maintenir et, finalement, la retirer lorsqu’elle ne satisfait plus à ses objectifs. Elle offre aussi des ressources pour que les professionnels de la sécurité connaissent les normes d’éthique de l’emploi des systèmes IA.
Le Dr Allen déclare que la trousse à outils est conçue pour être utile aux professionnels à tous les niveaux de la chaîne de commandement. Elle offre une liste de ressources avec des webinaires ou des cours à un prix abordable, où les professionnels de la défense peuvent acquérir des compétences dans l’IA.
« Nous voulions l’écrire pour le plus grande nombre possible de cas d’utilisation. Nous voulions qu’elle soit utile aux décideurs de plus haut rang : présidents, conseillers nationaux à la sécurité, chefs d’état-major de la défense, personnes qui participent à la conception d’une stratégie IA générale du secteur de la défense. Mais nous voulions aussi qu’elle soit utile aux gens travaillant à un niveau intermédiaire ou même un niveau opérationnel. »
La trousse offre des ressources pour aider les professionnels de la sécurité à protéger leur pays contre l’emploi malveillant de l’IA. Les groupes terroristes et les insurgés s’efforcent de l’employer pour les attaques de drone, les cyberattaques et la propagation des infox.
Le Dr Allen déclare que le risque le plus immédiat concerne l’emploi de l’IA pour les « attaques d’ingénierie sociale », où l’IA générative peut aider à propager des informations fausses. Mais l’utilisation d’armes autonomes habilitées par l’IA pourrait être proche.
« Je ne l’exclurait pas », dit-il, en ajoutant qu’il ne serait pas trop compliqué de moderniser des drones disponibles sur le marché pour qu’ils puissent utiliser des caméras afin d’acquérir une cible, s’y diriger et exploser, le tout sans supervision humaine. Les insurgés du Burkina Faso et du Mali ont déjà lancé au moins 69 frappes de drone depuis 2023, selon un rapport du projet ACLED (Armed Conflict Locator and Event Data).
« La diffusion de la technologie semble être vraiment très rapide. Cela m’inquiète donc. »
Le lien suivant permet d’accéder à la trousse complète : Artificial Intelligence for Africa’s Defense Forces – Africa Center
