Au cours des dix-huit mois précédents, la police sud-africaine est descendue sur trois laboratoires de drogue de taille industrielle où elle a découvert des quantités de méthamphétamine « crystal » appelée localement « tik » d’une valeur de 151 millions de dollars. Parmi les personnes arrêtées se trouvaient huit ressortissants mexicains.
L’Afrique du Sud est l’un de plusieurs pays africains sujets à une évolution structurelle des tactiques mondiales du trafic des stupéfiants : les lieux de production se rapprochent des destinations clientes pour éviter les risques liés au franchissement des frontières. Les organisations criminelles mexicaines jouent un rôle clé dans les opérations de fabrication africaines en Afrique du Sud et au Nigeria, où on signale que les laboratoires industriels de « meth » apparus à partir de 2016 ont été développés en collaboration avec un cartel mexicain.
Andy Mashaile, stratégiste de la sécurité et ex-ambassadeur d’Interpol à la retraite, déclare que les cartels passent en contrebande de plus en plus de matériaux bruts par le biais de l’Afrique de l’Ouest et fabriquent des drogues en Afrique du Sud, en particulier dans les zones rurales où la présence policière est minimale.
Il a déclaré à SABC News en septembre 2025 : « Il existe un effort délibéré de la part des bandes criminelles transnationales organisées, engagées en particulier dans la fabrication des drogues, et nous constatons un changement de leurs méthodes d’opération. C’est exactement ce qu’ont fait les Mexicains. Ils ont changé leurs tactiques de fabrication au Mexique et ils fabriquent aujourd’hui en Afrique du Sud, ce qui est une source de préoccupation sérieuse pour nous tous qui sommes engagés dans la mise en application des lois, ainsi que dans le secteur de la justice pénale. »
On estime qu’en Afrique du Sud un demi-million de personnes sont toxicomanes, mais historiquement les gangs du Cap-Occidental obtenaient les précurseurs chimiques auprès des syndicats chinois en échange des ormeaux pochés, un mets de qualité en Chine. Les drogues étaient préparées dans de petits laboratoires simples.
Aujourd’hui, le rythme du changement paralyse la police, au point où l’Afrique du Sud a déployé plus de 450 soldats des forces armées pour aider la police dans la lutte contre la criminalité violente organisée, les gangs et les drogues dans les provinces du Cap-Occidental, du Gauteng et du Cap-Oriental.
« Le panorama sud-africain du crime organisé évolue plus vite que le développement de la capacité institutionnelle nécessaire pour le combattre », déclare Ryan Cummings, directeur du cabinet-conseil Signal Risk, au site web d’actualité Africa Report pour un article du 27 janvier.
Depuis la fin des années cinquante, l’Afrique de l’Ouest est un lieu de transit majeur pour le trafic des drogues entre l’Amérique latine et l’Europe. Les trafiquants tirent profit des porte-conteneurs, des ports peu surveillés et de la sécurité maritime fragmentaire pour transporter d’énormes quantités de drogue et de matériel sur les routes commerciales. Maintenant que l’Amérique du Nord et l’Amérique centrale répriment le crime transnational, les cartels transfèrent leurs opérations au-delà des frontières et des marchés, selon un universitaire de la République démocratique du Congo qui étudie le crime organisé dans la région. Il a demandé de ne pas être identifié, pour des raisons de sécurité.
« Les réseaux criminels qui font face à la diminution de leurs espaces aux Amériques chercheront d’autres espaces où le risque est moindre et les profits sont opaques », déclare-t-il à l’Africa Report, en ajoutant que la RDC offre « exactement cette formule ».
« Le résultat n’est pas nécessairement une plus grande quantité de drogue traversant l’Afrique de l’Ouest, mais le renforcement de son rôle en tant que lien fiable de la chaîne. Le déplacement n’arrête pas les mouvements. Il peut aussi refaçonner les lieux où les drogues sont produites et transformées. »
L’Indice du crime organisé 2025 pour l’Afrique révèle comment le crime organisé s’est développé sur le continent depuis 2019. Pendant cette période, 92,5 % des pays africains ont démontré une résilience faible face au crime organisé, et 23 pays font face au mélange hautement dangereux d’une forte criminalité et d’institutions faibles.
L’indice classe l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Égypte en tête des marchés de drogues synthétiques sur le continent. Le Nigeria, classé cinquième dans le monde parmi les pays les plus violents, est aussi une destination majeure et un lieu de transit pour le trafic d’armes, autre marché illicite superposé au commerce mondial des drogues.
Les pays africains doivent être proactifs pour forger de nouveaux partenariats de sécurité, déclare Andy Mashaile. Il demande aux gouvernements d’engager des dialogues avec les pays d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud.
Il dit : « Nous devrions engager les états où ces drogues sont fabriquées. » Il exhorte les agences de police à « concevoir de nouvelles stratégies, le contre-espionnage, et éradiquer la distribution et la fabrication des drogues, ainsi que détruire les nouvelles méthodes employées par les syndicats internationaux des stupéfiants. »
