Depuis la capture d’El Fasher, chef-lieu du Darfour du Nord, par le groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide (FSR) le 26 octobre 2025, cette ville soudanaise est un lieu de charniers et de centres de détention gérés par les FSR. Les résidents disent que les enlèvements contre rançon et la violence sexuelle contre les femmes et les jeunes filles dans les camps pour personnes déplacées sont fréquents.
Une enquête conduite par le Sudan Tribune révèle que les FSR ont détenu la majorité des hommes de la ville, en épargnant seulement un petit nombre de personnes âgées, de femmes et d’enfants.
Les sources déclarent que les sites principaux de détention des FSR incluent les dortoirs d’étudiants, les édifices gouvernementaux et une mosquée. On signale aussi que des cadavres ont été transportés hors de la ville pour être incinérés ou enterrés pendant la nuit près du campement de déplacés de Zamzam pour éviter la détection.
Un survivant du siège d’El Fasher déclare anonymement au Sudan Tribune : « Ces zones sont contrôlées par les FSR. Elles empêchent tout le monde de passer et menacent ceux qui essaient de le faire. Les gens se sont enfuis de ces quartiers dans la terreur complète. Les récits sont déchirants. Certains disent qu’il y a des charniers dans des tranchées géantes ; d’autres affirment que les FSR incinèrent les cadavres avant de les enterrer ou enterrent même les blessés qui sont toujours en vie. »
Les survivants disent que les jeunes détenus sont souvent conduits dans des installations bondées telles que la prison de Shala qui détenait vers la mi-janvier environ 3.000 hommes et 500 femmes. Beaucoup d’entre eux étaient accusés de soutenir l’Armée soudanaise. On signale aussi que les FSR ont converti l’hôpital pédiatrique de l’Est d’El Fasher en prison de fortune, avec 2.000 détenus, notamment le Dr Khadija Moussa, ministre de la Santé du Darfour du Nord, ainsi que des dizaines de professionnels de la santé, de fonctionnaires et d’enseignants.
Dans le sillage de la chute d’El Fasher, les installations de santé ont été attaquées à maintes reprises, les médicaments ont fait défaut, les femmes enceintes ont accouché sans assistance professionnelle et les survivantes des viols n’ont pas reçu de soins médicaux, selon le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP).
El Fasher a été attaquée alors que Zainab et Rania, âgées respectivement de 26 et 22 ans, étaient toutes les deux enceintes. Elles ont fait partie des 107.000 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, qui ont fui de la ville après la prise de contrôle revendiquée par les FSR. Rania se rappelle de l’assaut acharné.
« Nous avons creusé des tranchées pour nous cacher et nous y abriter, dit-elle aux responsables onusiens. Il y avait des bombardements chaque jour. »
Rania, écroulée par la fatigue alors qu’elle se rendait au camp de déplacement surpeuplé d’Al Affad, vit des femmes qui accouchaient au bord de la route.
« C’était déchirant et effrayant », dit-elle. Elle a finalement donné naissance par césarienne à la maternité près d’Al Dabbah. Zainab dit qu’elle a accouché dans le camp « avant qu’elle ne puisse obtenir une tente ».
L’année précédant la chute d’El Fasher a été déchirante pour Madina Bashir, sage-femme qui était confinée avec 65 autres femmes dans une mosquée de la ville.
« Pendant de nombreuses journées, nous n’avions pas de nourriture ou d’eau, dit-elle au FNUAP. Nous avons survécu en buvant de l’eau de pluie et en mangeant des plantes qui poussaient dans la cour. Lorsque la mosquée a été prise d’assaut, ils ont emmené tous les hommes et forcé les femmes à partir les pieds nus. Certaines femmes étaient enceintes ; l’une d’elles a donné naissance sur la route parce que nous ne pouvions pas atteindre les soins en temps voulu. »
Les familles d’El Fasher ont aussi parlé des « enlèvements numériques », lorsque les membres des FSR envoient des messages ou des photos des détenus à leur famille, en demandant une rançon pour leur libération. Dans plusieurs cas, les familles ont versé les sommes demandées mais les FSR ont exigé plus d’argent sans libérer les prisonniers.
L’homme anonyme a dit au Sudan tribune : « Je connais un membre de ma famille qui a dû payer une rançon de 2 milliards de livres simplement pour avoir la permission de partir de la ville. Grâce à Dieu nous avons pu partir ensemble. Nous nous sommes cachés au milieu des femmes pour nous protéger et nous avons pris la route de Garni jusqu’à Tawila. C’est une bénédiction d’être en vie après les horreurs que nous avons vécues. »
