Les militants de l’État islamique se sont approchés d’un quartier dans les faubourgs de Mocímboa da Praia dans le Nord du Mozambique le 25 janvier. Ils cherchaient un membre de la milice locale Maconde pour l’assassiner. Ne l’ayant pas trouvé, ils ont enlevé son jeune fils.
Deux jours auparavant, on avait signalé que des membres de la Province de l’État islamique au Mozambique (Daech-Mozambique) terrorisaient les gens sur plusieurs petites îles et autour de celles-ci, non loin du littoral. Ils ont pillé, volé une embarcation motorisée et enlevé des pêcheurs, en exigeant pour chacun une rançon de 50.000 meticals (784 dollars).
Un résident de Mocímboa da Praia a déclaré sur le site web d’actualité The Mozambique Times : « Mon frère faisait de la pêche de nuit dans les îles. Lui et ses collègues ont été pris sur leur bateau par les insurgés. Ils ont seulement réussi à retourner hier [le 27 janvier] au chef-lieu du district, en provenance de l’île. »
Daech-Mozambique a obtenu des sources importantes de revenu par le biais des enlèvements contre rançon et des extorsions, et en saisissant le contrôle des opérations minières artisanales et de petite échelle dans la province du Cabo Delgado. Le nombre d’enlèvements contre rançon par les insurgés a quadruplé en 2025, pour atteindre environ 10 % de toutes les activités de Daech-Mozambique pendant l’année, selon l’organisation de surveillance Projet ACLED (Armed Conflict Location and Event Data).
Daech-Mozambique est actif sur les routes importantes de déplacement et d’activité commerciale, notamment la N380 qui relie Mocímboa da Praia à Macomia et au Sud. Les insurgés se concentrent sur les cibles telles que les autobus de passagers et les véhicules commerciaux dont les passagers peuvent obtenir rapidement l’argent de rançon grâce aux comptes mobiles.
Peter Bofin, analyste principal d’ACLED pour l’Afrique du Sud-Est, a déclaré dans un webinaire du 22 janvier : « Ceci concerne en général un barrage routier pour arrêter la circulation, des demandes d’argent pour la libération des véhicules et des passagers et, parfois amener les gens dans la brousse et les détenir pendant quelques heures avant d’obtenir paiement. Ces paiements peuvent s’élever à des milliers de dollars pour les véhicules commerciaux et des centaines de dollars pour les personnes, ce qui est donc lucratif. En une semaine en mars 2025, nous avons estimé que Daech-Mozambique avait obtenu environ 3.000 dollars grâce aux enlèvements et aux extorsions avec une série de barrages routiers qu’ils avaient installés. »
Les activités de Daech-Mozambique dans les mines d’or et de pierres précieuses de petite échelle et artisanales ont aussi augmenté dramatiquement en 2025. À cette époque, le cours de l’or a augmenté de plus de 60 % sur les marchés mondiaux.
Le 7 octobre 2025, les combattants de Daech-Mozambique se sont rendus dans le district de Montepuez. Ils ont convoqué une réunion des mineurs et exigé des contributions quotidiennes en espèces et l’accès à l’or. Une source de cette communauté minière de petite échelle a déclaré à ACLED que les insurgés ont menacé d’incendier les biens si leurs demandes n’étaient pas satisfaites. Une semaine plus tard, ils ont lancé une rare attaque contre une autre mine d’or du district.
« Cela devient une source plus importante de revenu, déclare M. Bofin. Nous pensons qu’une présence soutenue près des sites miniers suggère des efforts visant à contrôler le secteur plutôt qu’à le détruire. »
Les attaques de Daech-Mozambique liées au vol d’armes appartenant aux forces de sécurité mozambicaines ont presque doublé en 2025, comparé à 2024. Le groupe a affiché des photos et des vidéos sur les réseaux sociaux montrant des mitrailleuses, des mortiers et des lance-roquettes avec munitions.
« Il est évident qu’ils ont des systèmes de commandement et de contrôle résilients leur permettant de gérer de vastes réseaux et de grandes quantités d’argent, en plus de contrôler les armements. Si le groupe est capable de continuer à se financer sur place et qu’il devient de plus en plus autonome et moins dépendant des transferts de l’extérieur, ceci est un problème préoccupant. »
Daech-Mozambique a été financièrement soutenu par les autorités centrales de l’État islamique, en particulier son bureau d’Al-Karrar basé au Pount (Somalie). Auparavant, Daech-Mozambique était considéré comme faisant partie de la Province de l’État islamique en Afrique centrale (ISCAP) de 2019 à 2022, avant de devenir une entité séparée.
« Il y a eu depuis longtemps une relation avec ISCAP qui remonte à 2017 ou avant … mais il existait certaines tensions concernant l’argent, déclare M. Bofin à ADF. Il est probable qu’il existe toujours des contacts entre les personnes et les groupes qui traversent la Tanzanie. Même aujourd’hui, les deux groupes s’appuient sur des réseaux de soutien dans ce pays. »
Emílio Zeca, chercheur du Centre pour les études stratégiques et internationales au Mozambique, déclare que l’argent provient du bureau d’Al-Karrar par l’intermédiaire de l’Ouganda, la République démocratique du Congo et l’Afrique du Sud.
Il a dit dans le webinaire : « L’Afrique du Sud joue un rôle important parce qu’elle a des GAB (guichets automatiques bancaires) où ils peuvent retirer de l’argent de Bitcoin et l’envoyer au Mozambique ou en Tanzanie. Ensuite, les membres du groupe [de Daech-Mozambique] l’échangent ou l’envoient par le biais des services d’argent mobile. »
Les experts ont exhorté le gouvernement mozambicain à réprimer le financement du terrorisme par l’intermédiaire des plateformes mobiles, mais Emílio Zeca dit que la supervision actuelle est légère et que les perturbations économiques sont peu souhaitées.
Il a dit pendant le webinaire : « La loi n’est pas conçue pour affronter les moyens employés par le groupe pour envoyer de l’argent. Les sociétés protègent leurs clients, protègent leurs données, parce que la loi l’exige. Ils ne peuvent pas partager ces informations sans autorisation. »
