Près de dix ans après l’octroi à la société minière Mawei Mining Co. Ltd. d’un permis d’extraction de terres rares dans un site sur le lac Malawi, le terrain reste essentiellement intact et a changé discrètement de mains, en enfreignant les lois du Malawi.
Alinafe Mbewe, cultivatrice âgée de 58 ans, a déclaré à des chercheurs de la Plateforme pour le journalisme d’investigation (PIJ-Malawi) et Finance Uncovered : « Il y avait des Chinois ici. Ils nous ont dit que cet endroit changerait. Nous avons attendu. Rien n’a changé. »
La mine se trouve près du village de Makanjira. La seule indication d’un projet qui était censé rapporter des revenus de plusieurs millions de dollars à l’État pendant vingt ans est une pancarte rouillée et des champs envahis par la végétation. Toutefois, disent les résidents, des camions entrent et sortent toujours du site.
Le site de Mawei est devenu un symbole de la relation entre le Malawi et les sociétés d’extraction minière chinoises, qui avaient promis des progrès mais qui n’ont offert que des retards. Mawei a enfreint les lois du Malawi en changeant de mains deux fois depuis 2023 sans en informer le gouvernement, comme il lui était requis de le faire.
« Ce jeu de titularité en trompe-l’œil, conduit à travers les structures d’outre-mer et les marchés boursiers chinois, semble violer directement les lois du Malawi et soulève des doutes profonds sur la capacité de gouvernance des ressources les plus précieuses du pays », ont écrit les chercheurs dans leur rapport, publié séparément par les deux groupes.
Le Malawi est un pays sans littoral qui est devenu un acteur crucial dans la recherche mondiale des matériaux essentiels pour la production des composants électroniques modernes, des véhicules électriques et du matériel militaire. Au cours des dernières années, les rives australes du lac Malawi près de Monkey Bay sont devenues des sites d’activité minière sauvage, où des sociétés chinoises et autres jalonnent des concessions à la recherche de terres rares, d’or, de titane et autres minerais.
L’extraction minière représente 1 % de l’économie de 14 milliards de dollars du Malawi. Les dirigeants espèrent amener ce chiffre à 10 % au cours des prochaines années. La faiblesse de la réglementation, y compris un bureau des mines sévèrement sous-financé, a attiré l’attention internationale sur le secteur minier du Malawi.
Un examen de la carte des concessions minières du Malawi, accessible au public, montre que la presque totalité du pays a été divisée par les sociétés minières internationales, dont beaucoup sont chinoises. Les responsables de la Banque mondiale déclarent que la carte des mines est incomplète et n’est pas à jour, ce qui rend difficile de savoir qui est engagé à faire quoi. Ce détail est évident du fait que la Mawei Mining Co. Ltd. est toujours répertoriée en tant que propriétaire du site de Makanjira, malgré des documents indiquant un changement de propriétaire.
Autre question illustrant les problèmes liés au ministère des Mines du Malawi : son site web renvoie les visiteurs au ministère de l’Agriculture, de l’Irrigation et du Développement de l’eau.
En juin 2025, les autorités malawiennes et chinoises ont annoncé un investissement à hauteur de 12 milliards de dollars dans le secteur minier du Malawi par le Hunan Sunwalk Technology Group de Chine. La société déclare qu’elle prévoit d’extraire du titane et s’est engagée à construite une usine de traitement dans le pays. Toutefois, Hunan Sunwalk est principalement un fabricant de technologie à fibres optiques, sans aucune opération d’extraction minière au Malawi. Les dirigeants de la société, une fois interrogés, ont déclaré aux chercheurs que l’accord de 12 milliards de dollars était lié à une « intention générale » de gérer une mine au Malawi.
Les critiques rejettent l’accord de Hunan Sunwalk comme étant de la « politique théâtrale ». Ils disent que le souhait d’expansion des mines des autorités malawiennes n’a pas été accompagné par le niveau de transparence exigé par les lois.
« C’est l’extraction minière sans supervision. C’est une aliénation moderne par le biais du langage des investissements », a déclaré Joy Chabwera, directrice de programme du Natural Resources Justice Network, à PIJ-Malawi et Finance Uncovered. Son groupe fait appel à la transparence des sociétés. Le site Makanjira par exemple reste identifié comme étant en « phase d’exploration » mais les résidents signalent que les véhicules continuent à transporter d’énormes quantités de matériaux du site.
Les résidents locaux ont dit à PIJ-Malawi et Finance Uncovered que des travaux d’échantillonnage ont commencé en 2010 à la mine de Mawei, sept ans avant que la société ne reçoive son permis. Depuis lors, peu de choses ont changé sur le site, et la communauté n’a pas obtenu de bénéfices.
Abdullah Yusuf, conseiller de circonscription pour Makanjira Nord, a dit aux chercheurs qu’il pense, en compagnie d’autres membres de la communauté, que les propriétaires de la mine pratiquent en fait illégalement l’extraction pour éviter de payer les impôts, les redevances et les fonds de développement communautaires requis pour les opérations minières.
« Depuis 2017, notre communauté n’a constaté aucun bénéfice tangible de ce projet, déclare-t-il aux chercheurs. Malgré une longue liste d’engagements, aucune promesse n’a été tenue. Même aujourd’hui, leur processus est entouré de mystère. »
