Une milice ethnique qui avait été recrutée, entraînée et armée par le groupe Wagner, une SMP russe, s’est retournée contre le gouvernement du président Faustin-Archange Touadéra de la République centrafricaine.
Des combats entre la milice Azandé Ani Kpi Gbè (AAKG) et les Forces armées centrafricaines (FACA) soutenues par les mercenaires russes ont éclaté dans la préfecture distante du Haut-Mbomou au Sud-Est du pays depuis les élections présidentielles du 28 décembre 2025. Ce jour-là, AAKG a saisi Bambouti à 3 km de la frontière du Soudan du Sud.
Le chercheur Fulbert Ngodji a déclaré sur Radio France Internationale (RFI) pour un article du 12 janvier : « Le choix de cette date n’est pas un hasard. En s’attaquant aux symboles de l’État, la milice réalise une démonstration de force et entame probablement son passage d’une milice aux revendications ethniques vers un groupe rebelle opposé au gouvernement. »
Dans l’Ouest de la préfecture du Haut-Mbomou, les bruits de fusillade sont devenus courants dans la ville de Zémio. AAKG a attaqué et mis hors service l’hôpital d’État là-bas le 4 janvier. Il est aujourd’hui protégé par des gardiens de la paix des Nations unies de la MINUSCA. Les résidents ont fui l’hôpital pour se rendre dans l’église catholique, qui ressemble aujourd’hui à un campement de fortune pour les déplacés.
Une source religieuse déclare à RFI : « Ils sont environ 2.000. Ce sont ceux qui n’ont pas encore franchi la frontière pour rejoindre les milliers de personnes déjà réfugiées en République démocratique du Congo. »
- Ngodji, qui a écrit un article récent sur AAKG pour l’organe de réflexion International Crisis Group, avertit que le gouvernement de la RCA affronte maintenant « le monstre qu’il a créé ».
La milice AAKG s’est manifestée en 2023 lorsque le groupe rebelle Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) a attaqué des membres du peuple zandé, groupe ethnique majoritaire dans le Haut-Mbomou. Dans la langue locale, AAKG signifie « Trop d’Azandé sont morts ».
Le régime de M. Touadéra avait considéré AAKG comme un allié dans la lutte contre l’UPC. En 2024, le groupe Wagner a entraîné et armé environ 200 membres d’AAKG, lesquels se sont battus aux côtés des FACA pour capturer Zémio, Mboki et d’autres localités du Sud-Est des mains de l’UPC. Le groupe est devenu connu sous le nom de « Wagner Ti Azandé ».
Mais quelques mois plus tard seulement, la relation entre AAKG et le groupe Wagner s’est effondrée et la milice a expulsé les formateurs du Haut-Mbomou. Selon Michel Kombo-Yéki, ancien porte-parole d’AAKG, la rupture est survenue lors d’une tentative de désarmement de ces 200 hommes et du refus d’honorer les promesses du gouvernement pour les intégrer dans les FACA.
« C’est le gouvernement qui alimente cette insécurité. Nous avons travaillé pour l’État, nous avons reconquis une préfecture », a-t-il dit à l’occasion du programme de débats politiques Patara sur la radio Ndékè Luka en septembre 2025, en ajoutant qu’AAKG ne sera pas « jeté dans la poubelle ».
Les résidents locaux ont accusé les mercenaires russes d’atrocités et d’abus dans le Haut-Mbomou. À Zémio, ils ont fait feu sur un chef de village qui essayait de s’enfuir pour ne pas être arrêté, et ils l’ont tué. À Mboki, les combattants russes ont tué un civil et un ex-milicien, et ils ont incendié environ 20 logis.
« Les Russes font ce qu’ils veulent », a dit M. Kombo-Yéki, en citant une opération dans une église où les Russes ont enlevé et tué deux hommes.
La chaîne médiatique centrafricaine Corbeau News a décrit une série d’attaques commises par les mercenaires russes qui escortaient les soldats des FACA à la fin janvier, en incendiant cruellement des maisons au hasard alors qu’ils traversaient la préfecture.
Un éditorial du 2 février sur le site web déclare : « L’impunité totale dont jouissent ces hommes leur permet d’agir sans retenue. Les populations du Haut-Mbomou vivent désormais dans la crainte permanente de voir passer des véhicules militaires. Chaque convoi peut s’arrêter n’importe où et mettre le feu à n’importe quelle maison. Cette incertitude pèse lourdement sur le quotidien des villageois qui guettent le bruit des moteurs. »
Le gouvernement doit entamer un dialogue avec les chefs azandé, déclare Mgr Aurelio Gazzera, évêque de Bangassou. Il avertit que la violence pourrait se propager dans tout le Sud-Est de la RCA et au Soudan du Sud, où AAKG est aussi actif.
« Entre la milice qui prétend les défendre et les forces loyalistes qui les assimilent aux rebelles, les habitants du Haut-Mbomou sont pris en étau, dit-il à RFI. Les miliciens doivent arrêter le carnage. Les autorités doivent les écouter et dialoguer. Mais plus important encore, il leur faut développer cette région qu’ils ont oubliée depuis tant d’années et qui n’a toujours pas de routes ni d’infrastructure. »
