Les Forces armées soudanaises (FAS) ont capturé plus de dix ressortissants du Soudan du Sud lors d’une bataille pour reconquérir la localité de Kazigil dans le Kordofan du Nord à la fin décembre 2025.
Les Sud-Soudanais se battaient pour le compte des Forces de soutien rapide (FSR) paramilitaires, qui ont capturé certains secteurs de la région du Kordofan à la frontière du Soudan du Sud au cours des derniers mois.
La participation des combattants sud-soudanais aux côtés des FSR a incité le gouvernement soudanais à contacter ses homologues du Soudan du Sud concernant ses ressortissants. Les FAS ont affirmé depuis la fin 2024 que des groupes armés provenant du Soudan du Sud se battaient pour le compte des FSR.
La participation des ressortissants sud-soudanais sur les champs de bataille révèle la relation complexe entre les deux pays, qui semble entraîner le Soudan du Sud dans le conflit, alors même qu’il pourrait être prêt à succomber à sa propre guerre civile.
« Si les choses s’effondrent au Soudan du Sud, il sera très difficile de séparer la guerre du Soudan de celle du Soudan du Sud », a déclaré Alan Boswell, expert du Soudan du Sud et du Soudan pour l’International Crisis Group, à Al Jazeera l’an dernier.
Ces commentaires ont été formulés peu après la déclaration des FSR selon laquelle elles avaient formé un gouvernement rival dans les régions de l’Ouest et du Sud qu’elles contrôlent. La déclaration a inclus une alliance avec le Mouvement populaire de libération du Soudan – Nord (MPLS-N) basé au Kordofan du Sud.
Le MPLS-N est dirigé par Abdelaziz al-Hilu et a passé plusieurs dizaines d’années à combattre l’armée soudanaise dans certains secteurs des États du Kordofan du Sud et du Nil Bleu. Ces deux états sont situés en bordure du Soudan du Sud.
Les responsables soudanais accusent depuis longtemps le président Salva Kiir du Soudan du Sud de soutenir le MPLS-N et, plus récemment, les FSR. En réponse à la déclaration de l’an dernier, les responsables soudanais ont soutenu les milices sud-soudanaises dans leur lutte contre le MPLS-N et les FSR le long de la frontière.
Parmi ces milices, on note le SPLM-IO, qui lutte lui aussi contre le gouvernement du Soudan du Sud. Il est aligné avec le vice-président du Soudan du Sud Riek Machar, rival de M. Kiir qui l’a emprisonné en 2025 sur des accusations de trahison.
Le Soudan du Sud est depuis trois ans un corridor d’approvisionnement crucial pour les FSR, lorsque leur guerre contre les FAS pour le contrôle du pays a commencé, malgré les demandes émises par le Soudan pour que le Soudan du Sud mette fin à ce trafic.
Alors même que le gouvernement soudanais essaie de couper les routes d’approvisionnement des FSR passant par le Soudan du Sud, il travaille aussi avec le gouvernement du Soudan du Sud pour protéger l’infrastructure pétrolière qui soutient les économies des deux pays.
En décembre 2025, les soldats sud-soudanais sont entrés au Kordofan du Sud pour protéger le champ pétrolier de Heglig, installation principale de traitement pour le pétrole du Soudan du Sud. Le Soudan du Sud a pris le contrôle de l’installation en vertu d’un accord tripartite avec les FAS et les FSR qui exigeait que le Soudan du Sud maintienne sa neutralité dans le conflit du Soudan. L’accord a été signé peu après la prise de contrôle de l’installation de Heglig par les combattants des FSR, lesquels forcèrent les soldats des FAS de battre en retraite vers le Soudan du Sud.
Selon l’accord, les FAS et les FSR ont convenu de se retirer de la zone de Heglig. L’accord a été conçu pour éviter les confrontations militaires près de l’installation pétrolière et d’assurer qu’elle ne soit pas sujette au sabotage ou à la destruction. Les chefs tribaux ont aussi joué un rôle dans ce processus.
« L’objectif principal consiste à neutraliser complètement le champ de Heglig face à toute opération de combat », a déclaré à l’époque Paul Nang, chef d’état-major des Forces populaires de défense du Soudan du Sud, à la société de diffusion d’État SSBC News.
L’installation de Heglig « représente une bouée de sauvetage économique, non seulement pour le Soudan du Sud mais aussi pour le Soudan », a-t-il dit.
