Le 15 janvier, les Forces de soutien rapide (FSR) paramilitaires du Soudan ont poursuivi des milices liées à leurs rivaux, les Forces armées soudanaises (FAS), depuis le Darfour jusqu’au Tchad, et ont attaqué un campement de l’armée tchadienne, en tuant sept soldats et détruisant des véhicules de combat.
L’attaque s’est produite après une semaine de combat dans la localité soudanaise de Tine, État du Darfour du Nord, l’une des dernières zones de la région où les combats entre les FSR et les FAS continuent.
Le 26 décembre, deux soldats tchadiens ont été tués à l’occasion d’une frappe de drone contre un campement militaire à partir du Soudan, deux jours après la brève saisie par les FSR des localités frontalières d’Abu Qamra, Ambara et Karnoi dans le Darfour du Nord. Les FAS et les FSR se sont blâmées mutuellement pour l’attaque. Les attaques transfrontalières font craindre une escalade de la violence régionale alors que le Soudan et le Tchad sont en proie à des crises humanitaires catastrophiques.
Gassim Chérif, porte-parole du gouvernement tchadien, a déclaré selon un reportage du Defense Post : « Nous demandons à toutes les parties du conflit de cesser toutes les violations du territoire tchadien. Ceci est notre dernier avertissement. Nous ne pouvons pas tolérer que nos forces de défense et de sécurité soient entraînées dans le conflit … ou que des Tchadiens meurent. »
Les FSR avaient consolidé leur contrôle de la majorité du Darfour à la fin octobre 2025 après leur conquête d’El Fasher, la capitale de l’État du Darfour du Nord. Les attaques se sont intensifiées sur la frontière tchadienne alors que les FSR ont avancé plus au Nord pour éliminer les quelques bastions des milices alliées aux FAS et des groupes d’autodéfense : la Force conjointe et la Résistance populaire.
Les attaques des FSR contre les membres de l’ethnie zaghawa, qui vivent des deux côtés de la frontière, risquent d’irriter le gouvernement tchadien. Le président tchadien Mahamat Déby et de nombreux hauts gradés de l’armée tchadienne appartiennent à cette ethnie.
La hausse de violence a fait pression sur les localités frontalières du Tchad alors qu’un afflux continuel de réfugiés soudanais franchit la frontière de 1.400 km entre les pays. Du 22 décembre au 16 janvier, environ 18.000 familles soudanaises se sont enfuies au Tchad alors que les affrontements ont tué 103 civils et blessé 88, selon un reportage du People’s Dispatch. Dans la localité d’Adré que la plupart des réfugiés soudanais traversent pour entrer au Tchad, la population a décuplé depuis le début de la guerre, provoquant une inflation des prix accompagnée d’une hausse du chômage et une aggravation des épidémies de choléra et autres maladies.
Depuis le début de la guerre en avril 2023, les provinces orientales du Tchad en bordure du Darfour ont accueilli plus d’un million de personnes fuyant la violence. Les agences humanitaires du Tchad, qui n’ont pas de fonds suffisants, sont paralysées. Charlotte Slente, secrétaire générale du Danish Refugee Council, a déclaré à Radio France Internationale en novembre 2025 qu’elle avait vu « l’une des crises humanitaires les plus complexes que l’on puisse imaginer » après s’être rendue dans les camps de réfugiés du Tchad.
Elle a raconté l’histoire d’une famille dont la maison avait été bombardée et incendiée et qui avait perdu un enfant et un autre membre de la famille pendant les combats. « Ce qu’ils m’ont décrit était une situation cauchemardesque d’attaques aléatoires et de massacres de civils. »
Elle a ajouté que les Soudanais arrivent dans des communautés hôtes qui les accueillent mais qui nécessitent aussi désespérément des articles de base pour survivre. Selon le Global Conflict Tracker, plus de 11 millions de Soudanais ont été déplacés par la guerre et plus de 30 millions de gens nécessitent une assistance humanitaire. Selon certaines estimations, le nombre de morts s’élève à 150.000.
Les FAS contrôlent aujourd’hui essentiellement l’Est, le centre et le Nord du pays tandis que les FSR dominent certaines section du Sud et presque la totalité de la région du Darfour. Le 14 janvier, des efforts de paix ont repris au Caire, et l’Égypte et les Nations unies ont demandé aux FAS et aux FSR de convenir d’une trêve humanitaire dans l’ensemble du pays. Le ministre égyptien des Affaires étrangères Badr Abdelatty a déclaré que l’Égypte n’accepterait pas l’effondrement du Soudan ou de ses institutions, ou toute tentative de saper son unité ou de diviser son territoire.
Il a dit dans un reportage de l’Associated Press : « Il n’existe absolument pas de possibilité de reconnaître des entités parallèles ou des milices quelconques. En aucun cas nous ne saurions égaler les institutions soudanaises d’État, notamment l’armée soudanaise, avec toute autre milice. »
Toutes les discussions visant au cessez-le-feu ont échoué.
