Trois ressortissants chinois avaient 10 barres d’or et 400.000 dollars en espèces en janvier 2025 lorsqu’ils ont été arrêtés dans l’Est de la République démocratique du Congo et inculpés pour crimes liés à l’extraction minière illégale.
Plus tard, ils ont été reconnus coupables à Bukavu de blanchiment d’argent et de possession illégale de substances minérales. Ils ont été condamnés à une amende de 600.000 dollars et sept ans de prison. À leur libération, ils seront déportés de la RDC. Leur condamnation a confirmé que les financiers chinois illicites sont actifs dans les zones de conflit de la RDC, où le groupe rebelle M23 se bat contre les forces congolaises, attaque les civils et passe en contrebande vers le Rwanda et l’Ouganda les minéraux volés.
Le M23, qui a acquis d’importantes étendues de territoire dans l’Est de la RDC en 2025, est aussi très bien équipé avec des armes chinoises, comme le note l’analyste Adam Rousselle dans un article pour le groupe de réflexion Jamestown Foundation. Toutefois, il déclare que cela ne veut pas dire que le gouvernement chinois arme le M23.
M. Rousselle, rédacteur en chef de Between the Lines Research, a dit dans un podcast du China-Global South Project (CGSP) : « Les Chinois vendent de vastes quantités d’armes au Rwanda et à l’Ouganda [qui ont tous les deux une frontière avec la RDC] et, étant donné ce que les rebelles volent dans les mines de la région, notamment le cobalt, l’or et le coltan, la Chine est le lieu de destination naturel [des minéraux]. Nous n’avons pas de lien causal indiquant que le M23 amène [les minéraux] au Rwanda, puis les envoie directement en Chine, mais il existe suffisamment d’attraction gravitationnelle globale dans cette direction pour dire que la Chine est la destination finale. »
En 2022, environ 435 tonnes d’or ont été passées en contrebande hors de l’Afrique ; 93 % de cet or était destiné aux Émirats arabes unis (EAU). Selon M. Rousselle, les acheteurs chinois étaient actifs aux deux extrémités de la chaîne logistique. Les syndicats liés à la Chine dominent aussi les exportations de bois de rose et autres bois depuis l’Afrique centrale et orientale et le Sahel, en les obtenant souvent directement dans les zones de conflit.
« Ces corridors d’or et de bois fournissent facilement l’ossature financière et logistique d’un commerce illicite plus vaste, en établissant des flux de capitaux et des capacités de transport qui pourraient être réorientés vers l’achat d’armes ou le financement des militants », écrit M. Rousselle pour la Jamestown Foundation.
En mai, Amnesty International a vérifié la présence d’armes fabriquées en Chine à Khartoum et au Darfour (Soudan), malgré l’embargo des Nations unies sur les armes dans ce pays déchiré par la guerre. Ces armes étaient importées par le biais des EAU. Dans ce cas particulier, M. Rousselle dit qu’il a considéré la Chine plutôt comme un « seau percé », au lieu d’une « force malveillante ».
Il a dit dans le podcast du CGSP : « Ils ont des fuites d’argent, ils ont des fuites d’articles dans les conflits d’une façon qui est illégale. Nous sommes certains que l’exportation des armes chinoises vers ces conflits est illégale. Nous savons que la Chine est le plus grand fournisseur légitime d’armes en Afrique. »
Dans le podcast, C. Géraud Neema, rédacteur du CGSP pour l’Afrique, déclare qu’il pense que le gouvernement chinois devrait aider la police locale à enrayer le flux d’armes dans les zones de guerre.
« Plus il y a de ressortissants chinois sur place, plus vous voyez des armes chinoises dans ces zones, plus cela devient une question de réputation, et ils vont devoir agir sur ce point, dit M. Neema. Ils ne peuvent pas simplement rester sur la touche et dire que ce ne sont pas eux, ce sont les autres. À un certain point, ils vont devoir prendre parti. »
Le reportage de M. Rousselle pour Jamestown a aussi montré que les réseaux financiers chinois illicites se sont intégrés sur les trains de cryptomonnaie stable (stablecoin) d’Afrique de l’Ouest. Stablecoin est un type de cryptomonnaie. En juillet 2025, deux ressortissants chinois ont été déclarés coupables de fraude et blanchiment d’argent au Nigeria. En 2024, près de 150 ressortissants chinois ont été accusés d’avoir participé à des fraudes crypto et des montages de blanchiment coordonnés par la Commission des crimes économiques et financiers du Nigeria.
M. Rousselle déclare qu’il y a « beaucoup de choses que nous ne savons pas » sur les liens entre les Chinois impliqués dans les flux financiers illicites par le biais de l’économie des pays d’Afrique en proie au conflit.
Il dit dans le podcast : « Je veux dire clairement qu’il n’y a pas de preuve que le gouvernement chinois est impliqué dans cela. En particulier, il n’y a même pas de preuve que nous avons un effort coordonné dans ces zones de conflit entre les acteurs criminels impliqués. Ce que j’ai découvert, c’est une prépondérance de preuves indiquant que des acteurs de Chine facilitent ces conflits d’une façon qui est opportuniste, et qu’en fin de compte ils les alimentent. »
