Les combats entre les groupes terroristes rivaux dans le bassin du lac Tchad font fuir les résidents et suscitent la panique dans les communautés et les pays avoisinants. Les résidents locaux et les experts de la sécurité déclarent que Boko haram et la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI) se battent pour contrôler la région et ses couloirs commerciaux critiques, plus que pour des raisons idéologiques.
Un affrontement sanglant entre ces groupes au début novembre dans une communauté insulaire du lac Tchad dans l’État de Borno (Nigeria) indique l’intensité croissante de la rivalité.
L’analyste de la sécurité Zagazola Makama déclare au magazine nigérian Tell que Boko Haram a conduit un assaut nocturne coordonné, en s’emparant des campements, des munitions et de l’équipement de la PAOEI et en tuant près de 200 combattants du groupe rival. C’était le point culminant de plusieurs jours de lutte entre les ex-alliés, représentant une campagne totale pour le contrôle de la région.
La PAOEI avait dominé les îles du lac Tchad depuis 2021 après la mort d’Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram. Selon le journal nigérian The Guardian, Boko Haram avait juré d’éliminer la PAOEI dans les îles et de saisir les couloirs d’approvisionnement lucratifs de sa rivale le long des frontières entre le Nigeria, le Cameroun, le Tchad et le Niger.
Amadu Mohammed, pêcheur du lac Tchad et du fleuve Niger depuis plus de 40 ans, a 62 ans et déclare au magazine Africa Report : « Le bassin du lac Tchad est un couloir crucial. Celui qui gagne les îles gagne l’argent [des impôts perçus auprès des pêcheurs, des cultivateurs et des pastoraux], la nourriture, les routes de contrebande et la puissance dans toute la région. C’est pourquoi ils s’entretuent en ce moment, encore plus que lorsqu’ils se battent contre les quelques armées dans les îles. »
« Si c’était une bataille idéologique, alors que la guerre sévit, les combattants des deux camps intensifieraient la propagation de leur idéologie dans les villages qu’ils contrôlent et dans les villages de leurs rivaux. »
Des centaines de morts
Les affrontements récents entre les bandes rivales ont tué des centaines dans les deux camps et blessé beaucoup plus. Des sources locales déclarent à l’Africa Report que Boko Haram a gagné en force grâce au soutien de ses alliés de l’étranger.
« Leurs combattants des îles sont déterminés et bien soutenus par des mercenaires du Tchad et de la Libye », déclare une source au magazine.
Boko Haram étant focalisé sur la conquête du Lac Tchad, la PAOEI a intensifié ses attaques contre les villages avoisinants, en lançant des embuscades et enlevant et taxant les résidents. Ces derniers se plaignent que la présence militaire de protection dans les îles et les villages des alentours, en particulier dans l’État de Borno, est bien inférieure à celle des villes.
Un résident local du nom de James déclare à l’Africa Report : « Les djihadistes se battent sans aucune interruption de la part des forces de sécurité de tous les pays de la région des îles. Nous ne savons pas s’ils évitent délibérément les groupes terroristes, mais il est certain que le gagnant va décider de notre avenir. »
Les forces nigérianes ont enregistré quelques succès contre Boko Haram et la PAOEI. Au cours des sept derniers mois de 2025, l’opération Hadin Kai a tué 438 terroristes de Boko Haram et de la PAOEI. Le but de l’opération est d’éliminer Boko Haram de la région du lac Tchad et du Nord-Est du Nigeria. Le major-général Abdulsalam Abubakar, chef de cette opération, déclare que les soldats ont aussi récupéré 254 armes assorties et 300 appareils de communication Starlink, et secouru 366 civils dans diverses enclaves terroristes, selon le journal nigérian The Nation.
Les résidents s’enfuient
Les deux groupes ont commis des atrocités massives contre les civils. Beaucoup de résidents nigérians, sachant que la violence pourrait se répandre depuis le bassin du Tchad vers les communautés avoisinantes, sont partis de leur foyer.
En 2025, les combats entre Boko Haram et la PAOEI ont été caractérisés par des opérations de plus en plus sophistiquées, des enlèvements continuels à petite échelle et des rentrées d’argent importantes provenant des enlèvements de haut profil.
Victor Moses, commerçant de pièces détachées d’automobile à Maiduguri, déclare au magazine africain Hum Angle : « Je suis vraiment effrayé par la situation sécuritaire à Borno en ce moment, à cause de l’ampleur des reportages et des actualités que je vois en ligne sur les attaques de Boko Haram. C’est trop. Chaque jour, je consulte mon lien de Facebook et je vois les rapports des attaques de Boko Haram. Ce qui m’inquiète le plus est le fait que cela se produit à notre porte. »
Au cours de l’an dernier, plus ou moins, la PAOEI a enregistré des avancées technologiques qui l’ont aidée à intensifier ses attaques et ses opérations. Le groupe emploie désormais l’intelligence artificielle pour le montage vidéo et le montage des communications électroniques écrites, exploite la technologie de surveillance et l’Internet satellitaire grande vitesse, et utilise des drones militarisés pour filmer leurs prières et leurs sermons à des fins de relations publiques, selon le reportage de Hum Angle.
