Le 18 février de l’an dernier, la Zambie a été frappée par l’une des pires catastrophes écologiques de son histoire. Mais pour les activistes tels que Nsama Kearns, la lutte pour remédier aux dégâts ne fait que commencer.
Ce jour-là, au moins 51 millions de litres de déchets toxiques ont été déversés d’une mine de cuivre appartenant à la Chine dans la rivière Mwambashi. Les responsables ont signalé des traces de contamination à plus de 100 km en aval dans le Kafue, fleuve le plus long de la Zambie et source principale d’eau potable pour une grande partie du pays.
Des experts indépendants engagés par le gouvernement ont publié leurs résultats sur l’impact du déversement lors d’une réunion publique convoquée par l’agence zambienne de gestion écologique le 6 février à l’école secondaire Mukuba de Kitwe.
« Il est très triste que cette évaluation ait duré si longtemps, parce que cet accident est inquiétant, déclare Mme Kearns à ADF. Nous avons perdu une grande biodiversité, les poissons sont morts, les communautés ont perdu leurs moyens de subsistance parce que les récoltes ont été endommagées. »
« Selon le rapport, il y a toujours des zones où le sol est très contaminé, par exemple dans la communauté de Kalusale. Ceci veut donc dire qu’ils ne pourront pas mener leurs activités agricoles sur cette terre pendant les deux prochaines années, peut-être même plus longtemps. »
Titus Haakonde, l’un des experts écologiques indépendants, a révélé lors de la réunion du 6 janvier que, bien que les eaux de surface dans les zones affectées aient retourné à la normale, sa société a encore découvert des concentrations élevées de métaux lourds, notamment le cadmium, le cuivre, le manganèse, le zinc et d’autres, en amont des cours d’eau près de Chambishi et Kalulushi.
L’agronome Dina Mambwe a recommandé la délocalisation immédiate de la communauté agricole de Kalusale pour l’éloigner de Kalulushi, avec des subsides pour leur permettre de s’établir dans un nouvel endroit.
Le déversement s’est produit à la mine de suivre de Sino-Metals Leach de Chambishi, appartenant à la société d’État China Nonferrous Metals Industry Group. En juillet, le gouvernement a ordonné à Sino-Metals de fournir une indemnité intérimaire à 454 cultivateurs. Il a aussi dit à la société de faire baisser les niveaux de contamination de l’air et du sol, de planter des arbres et de continuer à répandre de la chaux pour réduire l’acidité du Kafue.
« Je pense qu’il s’agit d’une leçon pour la Zambie, car la contamination des voies d’eau et du sol n’existe pas seulement dans la province de Copperbelt, où nous avons des investissements miniers à grande échelle, explique Mme Kearns. La Zambie est sujette à des cas sérieux de pollution de l’eau et du sol dans la plupart des régions du pays où l’extraction minière se produit. »
En septembre, 176 cultivateurs ont intenté l’un des plus gros procès écologiques de l’histoire de la Zambie. Dans cette plainte de 80 milliards de dollars contre Sino-Metals, ils affirment que le déversement a affecté 300.000 ménages. Ils disent que la rupture du barrage des résidus où les déchets d’extraction étaient accumulés a été provoquée par de multiples éléments de négligence, notamment des défaillances techniques, des défauts de construction et une mauvaise gestion opérationnelle.
Stephen Chan, professeur à l’école des études orientales et africaines de l’université de Londres, a déclaré à la BBC : « Tous les regards se tournent sur cette affaire à cause de l’ampleur énorme des dommages qui ont été causés, l’énorme étendue de la négligence qui s’est bien évidemment produite. »
Certains ont affirmé que les procès et la réhabilitation représentent une sorte de test pour la capacité zambienne de lutter contre les méfaits des sociétés étrangères. Mais Douty Chibamba, secrétaire permanent du ministère de l’Économie verte et de l’Environnement, a déclaré aux Zambiens de ne pas se préoccuper des effets de l’endettement du pays envers la Chine, qui s’élève à 5 milliards de dollars.
« Il ne s’agit pas de ménager [la Chine], dit-il à la BBC. Nous ne sommes en rien concernés si nous leur devons quelque chose, ce n’est pas la question. »
Mme Kearns, notant que le but déclaré du gouvernement consiste à tripler la production de cuivre, pense que les responsables doivent contrebalancer les aspirations économiques avec une supervision améliorée et des mesures de prise de responsabilité afin de protéger les habitants.
« Alors que la Zambie se prépare à être l’un des plus gros fournisseurs de cuivre, non seulement en Afrique mais dans le monde, nous devons déterminer comment les investissements chinois doivent se conformer aux lois écologiques. »
« Tout ne doit pas simplement tourner autour de l’augmentation de production. Il faut aussi s’assurer que la production de cuivre et l’extraction de la richesse minière de la Zambie satisfont aux attentes des gens et n’enfreignent pas leurs droits. »
