Le pêcheur somalien Sadiq Mohammed Abdulle est retourné dans un village près de Mogadiscio avec des filets vides. Jadis, les eaux foisonnaient de thons jaunes, requins, maquereaux, vivaneaux et mérous, mais la pêche illégale en hausse des chalutiers industriels étrangers a décimé les stocks de poissons de la région.
« Il y a beaucoup de gros pêcheurs avec de gros navires qui prennent tout le poisson, a-t-il dit à Al Jazeera. Ils sont bien équipés. Nous n’avons rien. Nous n’avons pas l’équipement approprié pour attraper les poissons. »
La pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) fait perdre à la Somalie 300 millions de dollars par an. Ce fléau est dû en grande mesure aux navires chinois. La Chine régit la plus grande flotte de pêche mondiale en eaux distantes et elle est de loin le pire contrevenant mondial de la pêche illégale, selon l’indice de risque de pêche INN. Selon des observations, les navires d’autres pays d’Europe, du Moyen-Orient et d’Asie agissent aussi illégalement dans les eaux somaliennes depuis plusieurs années.
Ahmed Hassan Aden, ministre somalien des Pêches et de l’Économie des océans, déclare que le gouvernement confronte le problème.
« Nous luttons contre les braconniers, déclare-t-il à Al Jazeera. Nous avons adopté une nouvelle loi sur la pêche. Nous avons aussi envoyé des messages aux gouvernements impliqués. La plupart d’entre eux souhaitent aider. Nous traquons les délinquants. Nous renforçons la Marine. Nous avons effectué plusieurs arrestations de pêcheurs illégaux et certains comparaissent devant les tribunaux. »
La Somalie a aussi recours aux partenaires internationaux pour une assistance. En 2024, la Somalie et la Turquie ont conclu un protocole d’accord établissant les Forces armées turques comme partenaire de sécurité maritime et de police de la Somalie pendant une période de dix ans. La Turquie a convenu de reconstruire, d’équiper et d’entraîner la Marine somalienne tout en recevant 30 % des revenus produits dans la zone économique exclusive de la Somalie.
En décembre 2025, la Somalie a exécuté un autre accord avec la Turquie dans le but de combattre la pêche illégale dans l’océan Indien, en particulier au large des côtes somaliennes. Grâce à la société SOMTURK conjointement établie, on anticipe que l’accord renforcera la surveillance maritime et la capacité de police de la Somalie et améliorera ses aptitudes de protection de la juridiction maritime, ses droits de titularité et ses opportunités économiques dans l’océan Indien.
« Cette coopération contribuera à la sécurité maritime de la Somalie tout en assurant la protection durable des ressources maritimes », a déclaré M. Aden à l’agence Anadolu.
Le ministre déclare que le partenariat contribuera aussi au développement des ports, de la chaîne du froid, de l’infrastructure de stockage et des installations de transformation et industrielles de la Somalie.
« Ces développements offriront de nouvelles opportunités d’emploi pour les jeunes et une formation professionnelle ; ils soutiendront l’expansion du commerce avec l’étranger », a-t-il dit à l’agence Anadolu.
La répression de la pêche INN pourrait aussi endiguer l’intensification des attaques des pirates somaliens contre les vaisseaux de pêche étrangers. À la fin novembre 2024, une bande de pêcheurs somaliens armés et mécontents a saisi un chalutier de pêche chinois appartenant à la flotte Liao Dong Yu. Les pirates ont libéré le vaisseau et son équipage de 18 hommes vers la mi-janvier 2025 contre une rançon de 2 millions de dollars, selon des rapports.
L’un des pirates a dit à Al Jazeera que lui-même et les autres pêcheurs n’étaient pas des pirates ; ils étaient plutôt des membres d’une « communauté assiégée », en accusant les vaisseaux chinois de surexploitation et de menacer les moyens de subsistance des 90.000 pêcheurs artisanaux de Somalie. Par la suite, des attaques somaliennes contre les navires de pêche étrangers se sont produites occasionnellement.
Il y a eu sept incidents de piraterie signalés qui se sont produits au large des côtes somaliennes l’an dernier, selon le Bureau maritime international, y compris trois détournements. Ces chiffres sont inférieurs à ceux d’il y a quinze ans, au point culminant de la piraterie somalienne, lorsque 200 attaques de ce type étaient signalées chaque année. Toutefois, certains experts de la sécurité maritime mentionnent une recrudescence de la piraterie axée sur les profits dans le golfe d’Aden et l’océan Indien occidental, où les marines internationales tournent plutôt leur attention vers les attaques en mer perpétrées par les rebelles houthistes du Yémen.
Abdiwahid Hersi, expert en matière de pêche et ancien directeur général du ministère des Pêches et des Ressources marines du Pount, déclare que la situation pourrait facilement devenir incontrôlable.
Il déclare à la Société Radio-Canada : « Ces attaques devraient être traitées sérieusement, mais elles ne constituent pas nécessairement un retour complet à la piraterie de 2010. Elles pourraient se déclencher sous forme de séries épisodiques qui peuvent dégénérer si elles ne sont pas contrôlées. »
