Un pilote de l’Armée de l’air zambienne (ZAF) pilotait son hélicoptère à basse altitude pour observer les berges de la rivière pleines de poissons morts. À la fin février, sa mission consistait à évaluer les dommages écologiques d’un déversement massif d’acide concentré et de métaux lourds toxiques provenant d’une mine de cuivre appartenant à la Chine, qui avait contaminé le Kafue, la voie navigable la plus importante du pays.
« On pouvait voir une couche ou une pellicule d’huile sur l’eau, a-t-il dit à ADF. Elle était un peu blanchâtre, couleur crème, et on a vu beaucoup de poissons morts. Nous avons mis de la chaux dans l’eau pour augmenter le pH. Cela nous a pris environ cinq jours. »
Cinquante millions de litres de déchets toxiques de la mine ont été déversés dans la rivière Mwambashi, un affluent du Kafue, juste à l’extérieur de la ville minière de Chambishi le 18 février lorsqu’un mur en terre de qualité inférieure du réservoir de déchets toxiques de la société s’est effondré au site de la mine de cuivre de Sino-Metals Leach, qui appartient à l’entreprise d’état China Nonferrous Metals Industry Group.
Les déchets contenaient de l’acide concentré, des solides dissous et des métaux lourds. Les enquêteurs ont décelé des signes de pollution à plus de 100 km en aval sur le Kafue.
Luwi Nguluka, directrice des communications pour l’organisation Wildlife Crime Prevention de Zambie, a déclaré à ADF : « Une rivière a été bel et bien anéantie. Ce déversement acide est une catastrophe écologique. Il faudra des années pour vraiment comprendre les conséquences à long terme. Les écosystèmes fluviaux auront besoin de temps pour récupérer leur équilibre et la perte de biodiversité et des moyens de subsistance classifient ceci comme un acte d’écocide. »

On estime que 60 % des Zambiens vivent dans le bassin du Kafue et dépendent de ses eaux. Les poissons représentent la plus grande source de protéines de l’alimentation zambienne et la rivière fournit l’eau potable pour environ 5 millions de personnes, notamment les résidents de la capitale de Lusaka. Le gouvernement a rapidement ordonné la fermeture de l’alimentation en eau de Kitwe, ville à proximité du Kafue avec une population de plus de 700.000 personnes. Les autorités ont averti les gens de ne pas pêcher ni manger les espèces aquatiques de la rivière, et de ne pas utiliser son eau chez eux.
Le gouvernement a aussi annoncé une investigation indépendante pour évaluer les dommages des moyens de subsistance, des communautés et des écosystèmes environnants.
Mike Mposha, ministre de l’Économie verte et l’Environnement, a déclaré le 26 février, selon le journal Lusaka Times : « Le gouvernement est très préoccupé par le danger potentiel provoqué par ce déversement acide. Nous nous sommes engagés à assurer que Sino-Metals Leach Zambia Limited soit tenue responsable pour la pollution de l’environnement et de l’eau qui a provoqué la perte des récoltes et des commerces pour les habitants de Chambishi, Kalulushi et Kitwe. »
Mme Nguluka déclare que ce déversement est l’une des crises environnementales les plus graves de l’histoire du pays.
« La forte acidité et les métaux lourds ont dévasté les stocks de poissons, en provoquant des difficultés pour respirer et survivre, dit-elle. Les poissons qui survivent sont affaiblis, plus exposés aux maladies, et ont des difficultés pour se reproduire. Les métaux lourds toxiques tels que le cuivre, le cobalt et le manganèse s’accumulent dans le corps, ce qui les rend impropres à la consommation. »
Maggie Mwape, directrice exécutive de l’organisme sans but lucratif Centre pour la justice environnementale basé à Lusaka, a exprimé ses inquiétudes graves sur les efforts de restauration.
« Il est probable que le processus de nettoyage sera long, complexe et coûteux, dit-elle à ADF. La question de savoir si les communautés affectées pourraient jamais être pleinement indemnisées pour leurs pertes demeure incertaine. Le processus de restauration doit être transparent, inclusif et responsable pour assurer que les besoins des communautés locales soient priorisés. »

La Chine étend rapidement sa présence dans l’industrie de l’extraction du cuivre en Zambie, deuxième producteur de cuivre d’Afrique et neuvième du monde. Le cuivre, représentant 85 % du total des exportations zambiennes, est un composant clé des smartphones, des panneaux solaires et autre technologie électronique.
Bien que les autorités aient fermé les opérations de la mine de cuivre de Sino-Metals Leach, les Zambiens sont furieux de la catastrophe et exigent que le gouvernement améliore la réglementation et la supervision déficientes de l’industrie.
L’ingénieur en environnement Mweene Himwinga a déclaré à l’Associated Press : « Ceci révèle réellement la négligence de certains investisseurs concernant la protection de l’environnement. Ils ne semblent pas être concernés, sans aucune considération. Et je pense que c’est vraiment inquiétant parce que, en fin de compte, pour nous en tant que Zambiens, [c’est] la seule terre que nous avons. »
Le pilote de la ZAF survolait le Kafue alors que des aviateurs larguaient des sacs lourds de chaux dans la rivière. Ses pensées se sont tournées vers les gens et les animaux sauvages en aval. Comme ses compatriotes, il souhaite que les sociétés chinoises qui dominent l’industrie minière soient mieux engagées et prennent plus de responsabilité envers le peuple et la terre.
« Ils gagnent beaucoup d’argent, et devraient donc être capables de pouvoir mieux sécuriser ces produits chimiques », dit-il.