Africa Defense Forum

Alors que les vaccins ne sont pas utilisés, certains pays détruisent des milliers de doses

Reading Time: 3 minutes

PERSONNEL D’ADF

Bien que les pays africains aient lancé leur campagne d’immunisation contre le Covid-19, les équipes de santé publique ne peuvent pas vacciner les gens aussi vite qu’elles l’espéraient. De ce fait, plusieurs pays affrontent désormais la possibilité de détruire des dizaines de milliers de doses de vaccin non utilisées qui sont devenues périmées.

Le Malawi et le Soudan du Sud sont deux pays où le personnel médical déclare qu’il détruira les doses de vaccin périmées, malgré les demandes des Centres africains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC africains) pour continuer à utiliser ces doses.

« Je fais appel aux états membres comme suit : si nous faisons notre possible pour mobiliser le vaccin, vous faites votre possible pour l’utiliser », a déclaré John Nkengasong, directeur des CDC africains, lors d’un briefing.

Le Serum Institute of India, qui a produit le vaccin, a récemment émis une extension de trois mois de la date d’expiration initiale du 13 avril, basée sur une analyse de l’efficacité durable du vaccin. Le Dr Nkengasong a déclaré avoir été informé par l’institut que ces doses pourraient être efficaces jusqu’à neuf mois au-delà de leur date d’expiration.

Le bureau régional africain de l’Organisation mondiale de la santé a exhorté les pays à entreposer le vaccin au lieu de le détruire, si la date d’expiration provoque des inquiétudes.

Jusqu’à présent, le Malawi a distribué moins de la moitié des 500.000 doses qu’il avait reçu de COVAX, l’initiative mondiale pour acquérir le vaccin de façon équitable. Parmi celles-ci, 16.000 seront détruites. Au Soudan du Sud, près de 60.000 doses ont été écartées pour être détruites.

Austin Demby, ministre de la Santé de Sierra Leone, a déclaré que son pays prévoit que jusqu’au tiers de ses 96.000 doses ne seront pas utilisées avant leur date d’expiration. M. Demby a déclaré que les gens se préoccupent moins du Covid-19 que de l’Ebola. Ils ont aussi des doutes sur le processus de vaccination.

« Les gens craignent qu’il s’agisse d’une autre expérimentation publique aux dépens de notre peuple », a déclaré M. Demby à The Associated Press.

Le Dr Nkengasong a déclaré lors de son briefing du 29 avril que la République démocratique du Congo avait renvoyé au mécanisme international COVAX 1,3 million de doses pour qu’elles soient redistribuées, parce que les responsables de la santé du pays ne pourraient pas les distribuer avant leur expiration.

Un grand nombre de ces doses de vaccin sujettes à expiration avaient été envoyées initialement à l’Afrique du Sud, laquelle les avait transférées à l’Union africaine pour leur redistribution suite à une étude suggérant qu’elles seraient moins efficaces contre le variant prédominant des infections dans le pays.

Une combinaison de fausses informations, de désinformation et de manque de confiance dans le gouvernement a conduit certaines personnes à refuser le vaccin. Le faible nombre de cas positifs et de décès sur le continent, comparé à d’autres régions du monde, a aussi convaincu beaucoup de gens que le Covid-19 n’était pas sérieux.

Sur le continent, le succès des pays en ce qui concerne la vaccination des habitants est très variable. Le Maroc par exemple a utilisé 82 % de son approvisionnement de vaccin, tandis que l’Éthiopie a seulement utilisé 6,3 % de ses doses, selon le Dr Nkengasong.

Et pour compliquer davantage les choses, l’énorme vague d’infections et de décès liés au Covid-19 en Inde, due au variant B.1.617 du Covid-19, a incité le Serum Institute à suspendre les exportations de vaccin vers l’Afrique à la mi-avril.

« Nous nous retrouvons dans une situation très hasardeuse pour le vaccin », déclare le Dr Nkengasong.

Jusqu‘à 400 millions de doses du vaccin de Johnson & Johnson sont prévues d’être livrées en Afrique, mais pas avant le troisième trimestre de cette année, dit-il.

Le directeur des CDC africains craint que le continent puisse affronter une vague d’infections et de décès semblable à celle de l’Inde si les responsables de la santé publique sont incapables de poursuivre leur vaccination.

« En tant que continent, nous devons être tout à fait préparés. Ce qui se passe en Inde peut se passer ici. »

Il exhorte les Africains à continuer à suivre les mesures de prévention telles que le port du masque, le lavage des mains et la distanciation physique autant que possible.

Entre-temps, George Jobe, directeur du réseau d’égalité de la santé au Malawi, a déclaré à Global Citizen qu’il est déçu que son pays a mal réalisé son plan de vaccination et qu’il gaspillera des doses de vaccin qu’il nécessite désespérément.

« Dans le pays, en particulier dans les zones rurales, les gens croient toujours dans les informations négatives sur le vaccin, dit-il. Nous devrions nous souvenir que le vaccin a été sujet à la désinformation et maintenant nous sommes victimes du danger de ces messages. »

Leave A Reply

Your email address will not be published.