Africa Defense Forum

Les enseignements tirés de l’Ebola aident l’Afrique avec le Covid-19

PERSONNEL D’ADF

Les pays africains tirent profit des enseignements résultant des épidémies mortelles d’Ebola pour enrayer la propagation du Covid-19.

Le coronavirus a infecté près de 4,8 millions de personnes dans le monde, avec plus de 316.000 décès. Mais seulement 78.194 de ces cas ont été confirmés en Afrique en date du 16 mai, selon les Centres africains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), avec seulement 2.630 décès. Lorsque l’Ebola avait frappé en 2014, les CDC africains n’existaient pas.

« Ceci est une leçon que nous avons apprise », déclare le Dr Ahmed Ogwell des CDC africains à Voice of America. « Les chefs d’état ont pensé qu’il serait judicieux d’établir une agence continentale spécialisée pour adresser la préparation et la riposte d’urgence. »

« Nous avons [aussi] établi une collaboration transfrontalière, déclare le Dr Ogwell. Ceci est une leçon importante de l’époque de l’Ebola, et nous nous en servons efficacement aujourd’hui pendant l’épidémie du Covid-19. Les pays collaborent et utilisent les ressources d’un pays pour en aider un autre. »

Le Dr Ogwell déclare que les CDC africains ont « mobilisé leurs partenaires » dès le début de l’épidémie en cours.

« Nous surveillons très étroitement nos partenaires du continent et d’ailleurs pour assurer que nous n’ayons pas beaucoup de cas sur le continent, déclare-t-il. Nous utilisons ces leçons maintenant pour améliorer notre réponse. »

Le Liberia

Le Dr Mosoka Fallah est un ancien participant à la pandémie de 2014 et le chef de l’Institut national de la santé publique du Liberia, qui avait été créé à la suite de l’Ebola. Il dirigea la stratégie de préparation du pays au Covid-19 et comprit presque immédiatement les dangers potentiels, lorsqu’il apprit que près de 300 ressortissants chinois, ainsi que 80 Libériens, étaient arrivés au Liberia en provenance de Chine. Il commença à correspondre avec ses homologues en Sierra Leone et en Guinée sur un groupe de WhatsApp group, selon un reportage du magazine Time. Ils discutèrent des tests de dépistage dans les aéroports, des interdictions potentielles de vol et des quarantaines. C’était en janvier 2020, lorsqu’un grand nombre de pays ne réalisaient toujours pas la menace de ce nouveau virus.

Vers la fin janvier, le Dr Fallah travaillait avec le Dr Jerry Brown, qui dirige l’un des plus grands centres de traitement de l’Ebola au Liberia. Ils ont travaillé pour créer une formation permettant d’aider le personnel des hôpitaux à identifier les symptômes du Covid-19. L’OMS les a aidés à acheter des kits de dépistage et ils ont formé un de leurs employés pour effectuer le dépistage du virus. Ceci a permis au Liberia d’effectuer dans le pays tous les tests de dépistage du Covid-19.

« Lorsque l’Ebola a frappé, nous n’avions pas la capacité d’effectuer les tests au labo ; nous devions envoyer les échantillons en Guinée », déclare le Dr Fallah à la BBC. « Nous avons dû attendre près d’une semaine pour obtenir les résultats, et nous avons perdu du temps qui aurait permis une riposte rapide. Mais aujourd’hui, grâce à la capacité de test dans le pays, nous pouvons conduire les tests et répondre rapidement. »

Gyude Moore, chef de cabinet adjoint du président du Liberia pendant l’épidémie d’Ebola, a déclaré à Reuters que les Libériens, et tout particulièrement ceux qui vivent dans des régions éloignées, ont besoin d’obtenir des informations auprès de sources dignes de confiance. L’épidémie d’Ebola a causé plus de 11.000 décès, pour la plupart au Liberia, en Guinée et en Sierra Leone.

Beaucoup de gens ont trouvé la mort à cause de l’Ebola, déclare M. Moore, parce qu’ils ont ignoré les conseils du gouvernement de ne pas toucher les cadavres.

Les pays ont appris qu’un président qui parle à la radio ou à la télévision atteint un auditoire limité. Maintenant, déclare M. Moore, les messages et les informations de santé sont aussi diffusés par les chefs religieux ou traditionnels et par des bénévoles faisant du porte à porte.

Le Nigeria

Le Nigeria avait enregistré d’importants succès lorsqu’il avait empêché la pandémie d’Ebola de faire de gros dégâts dans le pays il y a plusieurs années. Maintenant, le groupe du secteur privé Coalition Against COVID-19 (Coalition contre le Covid-19) a commandé 250.000 tests de dépistage et 150.000 kits d’extraction pour accélérer le dépistage moléculaire du Covid-19, selon un reportage du 29 avril dans le journal Lancet Respiratory Medicine.

Le groupe a aussi établi des centres d’isolement dans les états de Borno, Enugu, Kano, Lagos et Rivers, et il rénove des hôpitaux et augmentent les fournitures médicales dans d‘autres états. Osagie Ehanire, ministre nigérian de la Santé, a inauguré en avril 12 laboratoires de dépistage du Covid-19 qui pourront traiter 1.500 échantillons par jour, selon le Lancet. Bien que l’augmentation de la capacité de dépistage conduise à l’enregistrement d’un plus grand nombre de cas, elle signifierait aussi que les autorités pourraient dépister les personnes étant venues en contact avec les cas de Covid-19 confirmés.

Le Nigeria a continué à accroître sa capacité de dépistage. Le 16 mai, le Centre nigérien pour le contrôle des maladies a annoncé le 26ème labo de son réseau national de laboratoires moléculaires, l’Accunalysis Diagnostic Centre à Anambra. Trois autres labos sont sur le point d’être installés dans les états de Gombe, Katsina et Kwara.

L’Ouganda

Entre 2014 et 2016, les responsables ougandais ont empêché l’épidémie d’Ebola de franchir la frontière avec la République démocratique du Congo. L’Ouganda a maintenant réorienté ses ressources pour lutter contre le Covid-19.

Emmanuel Ainebyoona, porte-parole du ministère ougandais de la Santé, a déclaré que le pays avait établi des mesures de dépistage aux frontières et aux aéroports pour détecter le virus. Mais selon lui, le pays a commis une erreur de jugement : il n’a pas reconnu suffisamment vite que les Émirats arabes unis étaient un pays à haut risque, et cela a permis à des gens infectés d’entrer en Ouganda.

  1. Ainebyoona a déclaré que les responsables ougandais avaient aussi étudié comment le Covid-19 s’était propagé en Chine et en Italie.

« Nous avons tiré des leçons des expériences des autres pays, aussi pourrions-nous ne pas commettre certaines des erreurs qu’ils ont commises ou ne pas suivre des approches qui n’ont pas marché », a-t-il déclaré à NBC News.

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