USALAMA VISE LES TRAFIQUANTS

USALAMA VISE LES TRAFIQUANTS

UNE OPÉRATION À L’ÉCHELLE CONTINENTALE SOUTENUE PAR INTERPOL CONDUIT À  4.500 ARRESTATIONS EN DEUX JOURS

Au cours d’un coup de filet à l’échelle continentale qui a duré 48 heures, 1.500 policiers se sont dispersés à travers 22 nations et ont procédé à 4.500 arrestations.

Certains des crimes qu’ils ont découverts étaient mineurs : en Érythrée, les autorités ont arrêté un homme muni d’un faux passeport dans un aéroport. D’autres crimes étaient plus sérieux, comme en Tanzanie où 9 personnes ont été inculpées pour la possession de 1,2 tonne métrique d’ivoire. D’autres encore ont dévoilé des liens internationaux et l’existence d’organisations professionnelles : pendant le contrôle de la cargaison d’un vol arrivant au Soudan, les autorités ont trouvé 88.000 comprimés du stupéfiant Captagon cachés à l’intérieur de chargeurs de téléphone.

Désignée Usalama III en code, cette opération visait les trafiquants de drogues et d’êtres humains, les braconniers et les criminels transnationaux qui parasitent l’Afrique. Ces criminels ont toujours su tirer avantage du manque de coopération policière et des frontières poreuses.

Des agents de la police sud-africaine perquisitionnent une voiture à Pretoria. L’Afrique du Sud figure parmi les 22 pays participant à Usalama III, une opération de deux jours visant le crime transnational. [AFP/GETTY IMAGES]

Usalama, mot qui veut dire « sécurité » en swahili, est une opération conduite par les organismes de chefs de police d’Afrique australe et d’Afrique de l’Est, avec le soutien d’Interpol, organisme international de police. Sa planification s’est déroulée au cours de plusieurs réunions en 2016, y compris une conférence de deux jours à Maputo au Mozambique. Afin de faciliter la préparation, Interpol et les autorités locales ont passé leur base de données internationale au peigne fin pour rechercher des articles déclarés volés ou des individus connus pour leur implication dans le trafic transfrontalier.

« La possibilité d’accéder aux bases de données d’Interpol a joué un rôle important dans le succès de l’opération et a établi de nouveau la nécessité d’un échange de renseignements au niveau international », déclare l’inspecteur général Joseph Boinnet des services de police kényans. « Les opérations comme Usalama montrent bien ce que nous sommes capables de faire lorsque les forces de l’ordre travaillent ensemble de façon rapprochée. »

L’intervention du 29 et du 30 juin 2016 a rassemblé des officiers de police ainsi que des autorités des douanes, de l’immigration, des agences de protection de la faune, des unités anti-terroristes et des autorités minières. Les nations participantes ont couvert les points d’entrée nationaux, y compris les aéroports, les ports et les frontières terrestres, afin de pouvoir contrôler autant de personnes, de véhicules et de conteneurs que possible. Interpol a aussi fourni l’appui sur le terrain à partir de ses bureaux à Harare, Zimbabwe, et à Nairobi, Kenya.

« L’opération Usalama III reflète bien l’importance de la coopération interrégionale et multilatérale dans la lutte contre le crime organisé et transnational », déclare Julio Dos Santos Jane, président de l’Organisation de coopération des chefs de police régionaux d’Afrique Australe et commandant général de la police du Mozambique. « Les résultats montrent aussi qu’il est vital de regarder au-delà des frontières afin de prévenir le crime et d’empêcher les criminels d’échapper à la justice. »

Les autorités soudanaises ont trouvé ces munitions illégales pendant Usalama III, opération policière continentale de deux jours visant le crime transnational. [INTERPOL]

Le Succès de l’Ouganda

Dans le pays enclavé de l’Ouganda, les autorités participant à Usalama ont découvert de nombreux types de crimes. La police a retrouvé des voitures volées au Royaume-Uni et ailleurs en Europe qui avaient été envoyées dans le pays puis dépouillées des détails reconnaissables avant d’être revendues.

« Il s’agit d’un problème très important. Que j’affirme le contraire assis dans ma chaise serait vous mentir », déclare Asan Kasingye, directeur du bureau d’Interpol en Ouganda, pendant une conférence de presse. « Les gens perdent des voitures. Les véhicules sont volés sur les parkings, ils sont volés aux gens lorsqu’ils arrivent à leur portail. »

M. Kasingye a déclaré que pendant les deux versions précédentes d’Usalama, la coopération entre son bureau et l’agence nationale britannique contre le crime s’est améliorée, conduisant à un partage régulier des informations. En outre, le Royaume-Uni a mandaté des experts en trafic de véhicules pour former les officiers ougandais sur des méthodes alternatives d’identification des véhicules. À la suite d’Usalama, 23 véhicules ont pu être rapatriés au Royaume-Uni.

« Au cours des deux dernières années d’opérations, nous avons assisté à une évolution de notre coopération qui est passée d’un simple échange d’informations à un échange d’expertise », déclare-t-il. « Maintenant que nous travaillons ensemble, nous sommes en mesure de constater même la diminution du nombre de véhicules volés au Royaume-Uni à destination de l’Ouganda. »

Au cours de l’opération, les autorités ougandaises ont découvert un autre réseau international de trafic et de contrebande de véhicules volés avec des liens en République démocratique du Congo (RDC), un pays voisin. Ils ont établi que pendant les cinq années précédentes, 414 véhicules avaient été volés en Ouganda et emmenés en RDC pour être revendus. M. Kasingye déclare que ce type de trafic prospère grâce aux frontières poreuses, à un environnement favorable dans l’Est de la RDC, à des lois divergentes, à la corruption et à la coopération limitée entre les deux pays.

« Les véhicules sont volés par des personnes à qui on les a confiés », déclare M. Kasingye. « Le racket des contrebandiers de voitures en RDC implique des hauts responsables de la sécurité. C’est pourquoi nous avons décidé que le ministère des Affaires étrangères reprendrait les engagements en main ainsi que les procédures éventuelles de rapatriement. »

Les fonctionnaires soudanais ont retrouvé 88.000 comprimés du stupéfiant Captagon à l’intérieur de chargeurs de téléphone pendant Usalama III. [INTERPOL]

M. Kasingye espère que la RDC acceptera l’invitation de participer à la prochaine version d’Usalama et que le pays rejoindra peut-être l’Organisation de coopération des chefs de police de l’Afrique de l’Est. Il souhaite aussi que les membres de la police des frontières ougandaise aient accès à la base de données d’Interpol de façon à pouvoir contrôler si les véhicules à destination de la RDC figurent sur la liste des véhicules volés. Pour cela, l’accès à l’internet dans les zones éloignées est nécessaire. « Si nous avions accès à deux ou trois points le long de la frontière, nous pourrions réduire le problème d’environ 70 pour cent », déclare-t-il.

En outre, l’opération Usalama a permis de démanteler un réseau de contrebande d’animaux sauvages en Ouganda et de saisir 20 kilos d’ivoire, trois tortues, six oies grises, 12 œufs d’autruche, des peaux de léopards et d’autres produits issus d’animaux sauvages. Pendant des opérations d’infiltration séparées, les autorités ont découvert et brûlé 22 hectares consacrées à la culture de stupéfiants, saisi plus de 1.000 kilos de stupéfiants et identifié 17 victimes de la traite humaine.

« La validation du concept »

Il s’agissait de la quatrième version d’Usalama, la première de ces opérations ayant eu lieu en 2013.  Les experts déclarent qu’il n’est pas pratique de mobiliser autant de ressources de sécurité à travers autant de pays de façon régulière. Néanmoins, Laurence Cline, agent retraité des services de renseignements de l’Armée de terre des États-Unis et enseignant à Troy University, déclare que les opérations comme Usalama ont un objectif plus large.

« Cela peut permettre de créer un environnement où les gouvernements eux-mêmes vont y croire », déclare-t-il. « Usalama impliquait un certain nombre de prouesses, mais peut également servir, à mon avis, comme validation du concept pour promouvoir plus de coopération au long terme. »

M. Cline a fait des recherches sur la question du partage de renseignements en Afrique, qu’il a détaillées par écrit. Il déclare que la coopération régionale entre les forces de police a traditionnellement été compliquée par de nombreux facteurs. Il compte parmi ceux-ci une histoire coloniale fondée sur la division, le manque de confiance, les barrages linguistiques, la pression exercée par les partenaires étrangers qui privilégient les relations bilatérales plutôt que régionales.

« Je ne vois rien au niveau régional qui ressemble à une coopération policière au long terme, régulière, quotidienne et nationale », déclare-t-il. « Ce que je vois, par contre, c’est que si les gouvernements s’abstiennent plus ou moins d’entraver le chemin aux services de police pour ce type de question, alors nous ferons sans doute des progrès importants. »

Les autorités inspectent des défenses d’éléphant découvertes dans des caisses en bois remplies de cire et de poudre de craie pour cacher les produits illégaux. Les autorités ont saisi les caisses à Mombasa, le plus grand port commercial du Kenya. [AFP/GETTY IMAGES]

Pour M. Cline, l’avenir des partenariats de sécurité en Afrique doit se construire sur des fondations solides. Il pense que les forces de police vont développer les partenariats transfrontaliers, ce qui amènera les gouvernements à être plus enclins à partager les renseignements au niveau bilatéral, et plus tard, au niveau régional.

« Là où je constate une coopération très active, c’est au niveau le plus bas des échelons, essentiellement celui où les gens qui travaillent vraiment sur le terrain sont en mesure de le faire, et ils le font avec plus d’efficacité que dans le cadre d’un gouvernement à un autre », déclare-t-il.

Les chefs de police africains travaillent sur le développement d’un organisme de police continental dénommé

« Afripol ». Un document signé par 40 chefs de police africains en 2014 reflète la nécessité de mettre en place une structure afin de « promouvoir la coordination policière en Afrique au niveau stratégique, opérationnel et tactique par le biais de l’évaluation des menaces, l’analyse des renseignements criminels, la planification et la mise en œuvre des actions. » En décembre 2015, le siège d’Afripol a été inauguré à Alger, en Algérie.

Bien que l’initiative Afripol soit toujours confrontée à des difficultés bureaucratiques, les actions efficaces comme Usalama créent la dynamique nécessaire à son envol.

« L’opération Usalama III a montré ce que nous pouvons réaliser grâce à l’engagement des pays et à l’expertise des services de police de première ligne, avec l’appui d’Interpol au niveau international », déclare Elizabeth Kuteesa, directrice de l’unité de soutien international et régional d’Interpol. « Il s’agit d’une réponse forte et coordonnée aux problèmes criminels sérieux auxquels ces régions font face, et Interpol continuera à fournir un soutien dans le suivi des arrestations. »

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